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13 janvier 2016 3 13 /01 /janvier /2016 12:59

Il y a quelques années, j'ai parlé un peu de cette tradition mais l'article était plutôt descriptif (et je me tais sur les erreurs grammaticales). 

Le texte assez sec s'expliquait par le fait que dès l'époque soviétique les Sviatki restaient dans les archives en étant que fête pleine de la magie. Ainsi j'ai eu à ma disposition seulement les textes historiques et ethnographiques.

Pourtant ces deux ou trois dernières années la fête a été tirée de la réserve et a commencé son retour du musée à la vie.

Je vous présente une personne qui fait des pieds et des mains (à tous les sens) pour reanimer cette fête et les autres traditions russes.

Cette année, grâce à elle le Musée des arts décoratifs de Moscou a réalisé pour la deuxième fois un spectacle folklorique consacré aux Sviatki.

 

Varvara Kotova, exécutrice des chansons traditionnelles russes et dirigeante de deux groupes folkloriques.

Pourriez-vous expliquer brievement ce qui c’est les Sviatki ?

Varvara Kotova: Jadis on célébrait le Noel dès sa veille, le 6 janvier, jusqu’à l’Epiphanie, le 19 janvier, quand on allait se baigner dans la trouée faite dans la glace. On appelait cette période « les jours saints » –  « sviatyé dni » ou plus court – « Sviatki ». Ils étaient toujours pleins d’événements, de jeux et de rites. Pourtant la culture russe s’oriente plutôt vers les Pâques c'est pourqoui la symbolique de Sviatki est liée avec l’idée de la mort et de la résurrection. Par exemple, on sablait les participants avec les grains de blé qui sont le symbole de la renaissance. On mettait de la paille sur la table festive pour marquer qu’un monde s’est desséché et un autre est apparu. Le troisième symbole obligatoire des Sviatki est le feu qui apparaît en tant qu’étoile des rois mages.

On la faisait en papier et la portait d’une maison à autre en chantant sur la naissance de Christ. Ceux qui le pratiquaient s’appelaient « les christoslavy » (« ceux qui glorifient Christ »).

Maintenant, ayant un peu perdu la tradition, nous les nommons « kolyada » ce qui n’est pas correct. Les kolyada s’occupaient d’autre chose pendant les Sviatki. On estimait que pendant ces jours le Ciel et la Terre se melangaient et les esprits des ténèbres s’activaient, les morts « visitaient » les vivants. Les kolyada présentaient ces personnages en se mettant les masques effrayants. Ce sont, donc, les restes de notre passé païen. Si on accueillait très volontiers les christoslavy, les kolyada n'étaient pas les bienvenus car ils pouvaient apporter du chaos à la maison. Ils étaient agressifs et avaient les chansons agressives du genre :

   Donnez-nous des saucissons,

   Ou nous détruirons votre maison !

On avait peur de kolyada et leur donnait largement les régalades et l’argent mais par la fenêtre.

Pendant les Sviatki il y avait encore les amuseurs. Une de leurs plaisanteries les plus typiques : on frappe à la porte à 3 heures de la nuit : « Eh les maîtres ! Avez-vous besoin de bois ?» - « Quel bois à cette heure ?! » - « De chauffage !» - « Non !» Et matin, les maîtres découvrent que leur bois a disparu.

 

Est-ce que ces traditions de Sviatki existent encore dans les villages russes ?

Varvara Kotova: Les christoslave et les kolyada n’apparaissent presque pas mais les amuseurs existent encore ! Cette année, mes amis ont fêté le Noel à la campagne et toute la nuit les amuseurs ne les laissaient pas en paix. Ils cognaient à leur fenêtre, ils ont versé de l’eau sur les marches près de leur porte – les marches se sont couvertes de glace. Enfin, on a tiré l’accumulateur de leur auto et l’a caché, bref, c’était la fête au village.

Outre les christoslave, les kolyada et les amuseurs, les Sviatki comprenaient le vertép (la crèche de Noel) – un genre de théâtre de marionnettes disposé dans une boîte. Il avait deux scènes : la supérieure - pour l'histoire au Bethléem : la naissance de Jésus, l'Adoration etc. L’inférieure présentait l’Jérusalem : le roi Hérode, le massacre des innocents, les pleurs de Rachel perdant l’enfant ... Parfois c'étaient les hommes qui jouaient ces scènes, par exemple, les séminaristes. Notre groupe a croisé ces deux traditions : nous n’avons pas de boîte mais nous utilisons les marionnettes.

Les Sviatki comprennent encore une partie obligatoire : les divinations.

Varvara Kotova: Oui, et elle est aussi liée avec l’idée de rencontre du Ciel et de la Terre ce qui permet d'épier le futur. Autrefois, les jeunes filles du village se rassemblaient pour demander leur sort. Chacune mettait quelque chose dans un plat creux, puis on le couvrait avec un foulard et secouait pour mélanger les objets. Ensuite les filles commençaient à chanter. Après chaque chanson l'ainée des filles tirait au hasard un objet du plat et le sort de sa propriétaire a été prédit allégoriquement par ce qu’on a chanté. On estimait les prédictions des Sviatki pour les plus sûres. Pourtant, celles qui les ont pratiquées et les kolyada devaient se baigner dans la trouée dans la glace pour laver leur péché.

 

Et aujourd’hui vous allez présenter toutes ses traditions ?

Varvara Kotova: A l’exception de la trouée car c’est une coutume de l’Epiphanie. (Elle rit.) Nous allons raconter comment on s’amusait dans les villages russes pendant les Sviatki et avant tout ce qu’on chantait. Bien sûr, nous avons adapté les traditions paysannes car nous sommes nées dans un autre espace et dans une autre époque. Pourtant nous essayons à garder la vivacité et l'interactivité des jeux. On peut dire que « Les Citadins » («Горожане») présentent une version urbaine du chant traditionnel russe.

 

Comment votre groupe est né et pourquoi ce titre ?

Varvara Kotova:  Je suis chef d'orchestre symphonique par la formation. Il y a sept ans, j’ai organisé un groupe folklorique pour ma fille et ses amis, les enfants de 3 ans. Leurs mères m’ont demandée aussi quelques leçons et pas à pas on a commencé à donner les concerts. Nous avons construit les spectacles sur les Sviatki, les Pâques et la Maslénitsa (le Carnaval) et nous les présentons régulièrement en les complétant au fur et à mesure. Le titre « Les Citadins » montre notre manière de travailler avec les traditions : nous ne pratiquons pas d’expéditions ethnographiques, nous étudions ce que les autres ont recueilli.

Vous le trouvez où ?

Varvara Kotova: Nous utilisons les données des expéditions publiés dans Internet mais essentiellement les archives de mes parents. Ils sont folkloristes, ont travaillé dans le groupe de Dmitri Pokrovsky (1944-1996, musicien et folkloriste, président de la section russe dans l’organisation internationale folklorique de ONUESC). Mes parents appartiennent à cette générations de folkloristes qui, dans les années 70-80, ont essayé à reanimer les vraies traditions. Ils ont refusé les dances des filles aux cocochniks et autre « klukva branchue » (« canneberge  branchue » - l'expression qui est le synonyme de l’absurdité ; engendrée par la quantité des erreurs que les étrangers du XIXe faisaient dans leurs descriptions de la Russie), ils ont recommencé les expéditions ethnographiques et fait sortir sur le scène le vrai folklore musical. A l’époque en France il y avait aussi une nouvelle vague folklorique.

Je le sais car mon mari est aussi musicien, il est russe mais son groupe joue la musique traditionnelle de la France centrale. A la différence des artistes français écrivant leurs oeuvres en style folklorique, en Russie le milieu de folk reste encore en sommeil. On pense qu’il y a une sélection naturelle des oeuvres : le mauvais s’est détaché lui même, alors on a ce qui a été vérifié par le temps. C’est pourquoi on a peur de le empirer car on n’a pas grandi dans la tradition et ne sait pas manier ce style image des chansons russes, ce jeux de voyelles et de consonnes que la danse russe utilise en tant qu'instruments de percussion. Pour les maîtriser bien il faut être né dans cette tradition.

 

Comment resoudre cette situation ?

Varvara Kotova: Peut-être nos enfants le pourront, ceux qui grandissent avec nos chansons traditionnelles. Je l’espère car la tradition sans renouvellements est une tradition morte.

A propos, cette année j’ai rassemblé les camarades de classe de ma fille pour balader en tant que « christoslave » - on a chanté dans la rue en portant une étoile en papier ... Les passants se jetaient de côté. Pourtant il y en a qui ont crié : « Christ est né ! »

 

A Moscou peut-on voir les vrais groupes folkloriques, pas la « klukva branchue » ?

Varvara Kotova: Bien sûr. Par exemple il y a le théâtre de Nadejda Babkina avec le groupe de Tamara Smyslova ; l’ensemble « Derbeniovka » («Дербенёвка») ; un magnifique ensemble « Les petites quenouilles » («Веретёнца») qui a déjà 30 ans. On a aussi le courant qui cherche à unir la musique traditionnelle et les genres contemporains. Je le fait aussi avec mon autre groupe, il nous arrive à chanter les vers spirituels dans ... un night-club. Une fois, je chantais la chanson sur une jeune fille qui « a fait divorcer un homme avec sa femme, qui n’a pas obéi à ses parents, qui a tué l'enfant dans son ventre » - et tout à coup j'ai vu une jeune fille qui a commencé à pleurer. Elle a sangloté jusqu’à la fin du concert et puis m’a dit : « Merci, je ne savais pas que ces chansons existaient !» Il y a ceux qui ne connaissent pas ses traditions et c’est ce public que mes groupes essaient de viser.

Published by Plume de loin La Plume de loin - dans l'histoire l'hiver à Moscou les Russes racontent
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Basil_de_Moscou_3.jpgDescription: je suis russe, j'habite Moscou et c'est ma ville qui est le personnage principal de mon blog. J'aimerais vous présenter un tel Moscou qui n'est pas officiel.
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