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6 mai 2015 3 06 /05 /mai /2015 19:18

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Parmi les gratte-ciels staliniens de Moscou, l’hôtel « Leningradskaya » est le plus bas. Sa hauteur est seulement 136 mètres tandis que celle de la plus haut de « sept Grandes soeurs » est 240 mètres. (C'est l’Université d’Etat, un bon symbole de ce tas de connaissances accumulé par l’humanité, non ?).

G7 de Moscou : l’hôtel « Leningradskaya »
G7 de Moscou : l’hôtel « Leningradskaya »

Ainsi, le « Leningradskaya » est un bébé dans cette famille gigantesque et, comme il arrive souvent avec les bébés, il a reçu les vêtements les plus pimpants. Toutes les Grandes sœurs sont grises, à l’exception de celle-ci qui a les murs crèmes et rouges – la gamme de l’architecture russe traditionnelle. La décoration des fenêtres et des portes donne la même idée de la Russie médiévale ... Ou, peut-être des contes de fée?

Pourtant, le projet ne s’appuyait pas seulement sur l’imagination. Les architectes Polyakov et Boretsky ont pris en considération les voisins du futur hôtel – les trois gares bâties au début du XXe siècle en style néorusse.

 

La place entourée par les trois gares porte le nom du Komsomol depuis 1933. C’est en honneur des membres de cette organisation qui ont participé à la construction de la première ligne du métro moscovite qui passe directement sous la place. A propos, cette ligne s’est ouverte 15 mai 1935, c’est à dire, cette année, on a le 80e anniversaire ... Le métro promet une parade des rames, une loterie, une exposition des wagons (sur la station « Partisanskaya », tout le mois de mai) mais ne promet pas des tickets gratuits :-)

 

Le « Leningradskaya » devait continuer la tradition à sa guise et c’est pour ça que ses auteurs ont relié les constructions les plus modernes de l'époque avec le caractère traditionnel de sa décoration. Leur projet a été récompensé par le Prix de Staline deux ans après le début de la chantier.

Les architectes ont planifié un hôtel au confort extraordinaire pour l’hôtellerie soviétique des années 50. Pensez donc : on a mis une installation sanitaire dans chaque chambre tandis qu’avant on l'établissait une par étage. Un autre détail chic : outre un restaurant il y avait une salle de billard. Il faut noter qu’en URSS les jeux de hasard était interdits à l’exception de l’hippodrome et du billard qu’on ne tenait pas pour « bourgeois » je ne sais pas pour quelle raison. (On dit que Staline était un grand amateur de billard ... mais c’est une autre histoire.)

En tout cas ce n’était pas les jeux de hasard qui frappaient les clients de l’hôtel, c’était son intérieur. La peinture des plafonds, la moulure et le marbre, les lustres en bronze – les étoiles soviétiques se perdaient dans cette splendeur fabuleuse ... Ou religieuse : la dorure des portes et le hall de l’ascenseur évoquent clairement un autel.

 

G7 de Moscou : l’hôtel « Leningradskaya »
G7 de Moscou : l’hôtel « Leningradskaya »
G7 de Moscou : l’hôtel « Leningradskaya »
G7 de Moscou : l’hôtel « Leningradskaya »
G7 de Moscou : l’hôtel « Leningradskaya »

La porte tambour de l’hôtel est historique et c’est pourquoi nonautomatique. Pour entrer il faut la pousser par des poignées massives de chêne. Sans blaguer, c’est la première construction de ce genre en URSS. On a engagé toute une institut de recherches pour élaborer les paramètres de cette porte qui correspondraient aux conditions de l’hiver russe.

Un fait intéressant : beaucoup plus tard, en 2000, l’auteur de cet intérieur Maria Engelké a réalisé les croquis de la peinture pour la nouvelle cathédrale du Christe-Sauveur. Elle a eu plus de 70 ans ...

L'hôtel « Leningradskaya » à Moscou : détails de l'intérieur.

 

Quant au travail de Maria Engelké pour l’hôtel, on l'a entériné malgré les allusions théologiques mais le chantier s’est terminé en 1954, où Khroustcheuv a annoncé la lutte contre la décoration dans l’architecture. La moulure, les colonnes et les portiques « ne correspondaient plus à la ligne du Parti » comme aussi les ascenseurs, les plafonds hauts et les pièces grandes. Désormais le style soviétique devait être simple, austère et économe : plus d’uniformité, moins d’art. On a dissous l’Academie de l’architecture et commencé à ôter la décoration des bâtiments. Les architectes commettant trop d’esthétique ont perdu leurs titres et leurs prix, y compris Polyakov et Boretsky. Ils ont été presque accusé de dilapidation car un mètre carré de « Leningradskaya » coûtait plus que dans les autres gratte-ciels staliniens. Polyakov a été destitué de la gestion de l’entreprise architecturale. C'était presque l'interdiction de métier.

C'est étonnant mais l’hôtel n’a rien perdu de ses « excès architecturaux ». Leur ensemble existait sans encombre et a acquis au « Leningradskaya » le titre de l'étalon du chic et du prestige malgré la surface modeste de chaque chambre – 12 mètres carrés.

Selon une légende, les animaux qui gardent les escaliers de l’hôtel ont été apportés de l’Allemagne en 1945 en tant que prises de guerre. En réalité ce sont les copies des panthères de neige qui sont venues à Moscou de l’Angleterre en XVIIe siècle, en tant que cadeau pour le premier tsar de la maison Romanov. Les originaux sont en argent et se trouvent dans le Palais des Armures du Kremlin.

 

Dans les années 60 et 70, le prix d’une chambre à « Leningradskaya » était 6 roubles par jour. Etait-ce cher ? Ca dépend. Par exemple, le pain Borodinsky, l’élite de la boulangerie, coûtait à l’époque 20 kopecks ; un kilo de sarrasin – 56 kopecks ; un kilo de jambon – 3 roubles 70 kopecks ; caviar de saumon – 4 roubles 80 kopecks pour une boîte de 140 grammes. Il faut noter bien sûr, que les prix existaient mais les produits – pas toujours. Le salaire d’un ingénieur ou d’un instituteur en 1965 était 120 roubles par mois et auraient pu éventuellement passer 20 jours à l’hôtel :-) S’il y avait des places libres ce qui faisait plutôt une exception car l’immense « Leningradskaya » possédait seulement 352 chambres.

Evidemment ce fait n’ajoutait pas d’efficacité commerciale à l’entreprise ce qui est devenue gravement évident pendant la perestroika et dans les années 90. A l’époque l’hôtel a perdu le soutien étatique et pour exister il a loué sa salle de gala au casino (le premier en URSS) et quelques locaux aux entreprises. Pendant cette période de bureaux et de hasard, il a changé de propriétaires et perdu une partie de sa fameuse décoration. Le reste exigeait instamment la réparation. Enfin, en 2004, on a fermé l’hôtel pour le renouvellement qui a duré jusqu’à 2008. Pourquoi si longtemps ?

Tout simplement, parce que, à la différence de « l’Ukraine », les possesseurs de « Leningradskaya » voulaient garder son intérieur historique autant que possible. Cependant il fallait le faire lucratif. Paradoxalement c’est pour ce but qu’on a réduit encore le nombre de chambres - jusqu'à 273. L’explication de cette stratégie est simple : pour être lucratif le « Leningradskaya » devait avoir cinq étoiles et pour les obtenir il fallait élargir la surface des locaux pour les clients.

Une de 5 suites historiques de « Leningradskaya » où il y a les détails décoratifs originaux. Les autres chambres de l’hôtel ne les ont pas, tout de même elles sont stylisées pas mal pour rendre l’ambiance de l’époque ... en dose supportable bien sûr.

 

Les standards de la haute hôtellerie contemporaine exigeaient aussi d’autres changements mais les restaurateurs sont parvenus à conserver la majorité de détails historiques. C’est ce qui vient d’être estimé par le jury du titre du « Russian hospitality Aword » qui a reconnu le « Leningradskaya » pour le meilleur hôtel historique en Russe. Je termine ce long récit par deux notes.

Premièrement, après sa réouverture, l’hôtel travaille sous la franchise du groupe américaine « Hilton Hotels & Resorts » (si Staline savait !!! :-) ).

Deuxièmement, je suis très reconnaissante au manager des relations publiques Svetlana Kislova qui m’y a organisé une magnifique visite guidée. Elle le fait régulièrement pour les autres en racontant l’histoire de la construction et de la réparation de cette magnifique Grande soeur staliniénne.

 

Merci à l'administration de « Leningradskaya » pour les photos.

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Published by Plume de loin La Plume de loin - dans G7 à Moscou : 7 soeurs staliniènnes
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