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13 octobre 2012 6 13 /10 /octobre /2012 15:07

Pour continuer à bavarder sur la mode... 

De temps en temps les couturiers russes associent l’inassociable, comme les écoliers qui additionnent des oranges avec des mètres. Quand même les modélistes le font pour d'autres raisons car d'habitude ils connaissent les règles d’addition. Au moins mon interlocutrice les connaît en étant enseignante de formation.

Quelle liaison entre ces professions?

Après avoir réfléchis un peu, on comprendra qu’elles sont très proches sur un certain plan. Alors, permettez-moi de vous présenter Natasha Novikova, décoratrice de tissu et modélisteNatasha Novikova russe.

 

Natasha, pourquoi vous êtes devenue décoratrice de tissu?

Un jour j'ai visité une école des Arts Décoratifs, j'ai vu de magnifiques batiks et décidé d'entrer au cours. Généralement je préfère les cours orientés à but choisi, je crois qu'ils donnent plus que les longues études traditionnelles. C'est pourquoi chaque année j'essaie de maîtriser quelque nouveau métier : œuvres en cuir ou en feutre, tissage de perles... Mais la décoration de tissu (surtout le batik) reste mon occupation préférée, il m'ouvre de grands champs expérimentaux.

 

Quelle a été votre première expérience ?

Celle avec le dessin. Je n'aimais jamais les combinaisons compliquées de couleurs dans le batik. Elles font un foulard impossible à vêtir. Mais en Russie très souvent on combine les couleurs compliquées et les dessins miteux. Moi, j'ai commencé à utiliser trois ou quatre couleurs maximum mais je dessinais non seulement des fleurs mais aussi des chats, des bêtes à bon Dieu et des villes. J'ai découvert que personne ne le faisait!

Novikova 27

 

« Si je n'étais pas modéliste, je serais architecte », - dit Natasha.

En ce cas-là nous aurions la possibilité d'habiter une ville merveilleuse,

en bon voisinage avec Vic le Victorieux et des personnages de Hans Christian Andersen.

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Et l'expérience № 2 ?

Je voulais combiner le batik avec les autres matériels : faire un sac en cuir avec un soufflet en batik ou créer une écharpe en mélangeant la laine et la soie. Il y a 13 ans c'était encore un savoir-faire. Puis en collaboration d'une modéliste j'avais fait une collection de tricotage dont tous les objets avaient des parties en batik. Nous avions organisé un défilé qui a été réussi et... je suis revenue à mes foulards en soie.

 

Voici à quoi ressemble les défilés créés par Natasha - c'est pour vous donner une idée :

Novikova 11 Novikova 26

 

J'avais beaucoup de demandes, mon batik se vendait comme des petits pains. Mais tout à coup tout s’est terminé! D'habitude avant la fête du Nouvel An j'avais beaucoup de travail mais soudain les commandes ont cessé.

 

Pourquoi ça?

Bon... peut-être c'était la volonté de Dieu: sans cela je ne serais jamais revenue au tricotage. A vrai dire, je ne l'ai fait pas tout de suite. D'abord j'avais décidé d'apporter mon batik à la ville de Nefteïougansk.

 

Où???

A Nefteïougansk. J'explique. En été nous avons passés nos vacances à Sotchi: je vendais mes foulards coloriés et nous vivions très bien grâce à cet argent. A Sotchi il y avait beaucoup de touristes sibériens qui me disaient : « Venez chez nous, nous n'avons pas de choses comme votre batik ». C'est pourquoi quand j'ai eu ma crise, j'ai pensé aller en Sibérie. Sur les petits papiers j'ai écrit les noms des villes sibériènnes, les ai mêlés et décidé d'aller à la ville dont je tirerais le nom. J'ai tiré Nefteïougansk. Je tâchais d'acheter les billets d'avion mais on m'a dit que les vols à Nefteïougansk n'existaient pas ! Quand même je me suis dit que si j'avais décidé d'aller à Nefteïougansk il fallait y aller, même si je devrais prendre un traîneau avec des rennes. Et voilà, j'ai acheté un billet jusqu'à la ville de Sourgout car d'habitude on y va pour aller ensuite à Nefteïougansk. Mais notre avion a affronté une tempête de neige et n’a pas  atterri à Sourgout, mais à la ville de Nijnevartovsk.

 

Dieux merci!

Bien sûr. Mais à l'aéroport les taxis exigeaient 3000 roubles pour me mener à Nefteïougansk (environs 75 euros ; la distance fait environ 270 kilomètres) et moi, je n'avais l'argent que pour payer l'hôtel. 

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 Bottes de feutre : inspirées peut-être

par l'aventure au Nefteïougansk ?


Mais vous avez gagnés Nefteïougansk ?

Oui! (Elle rit.) Parmi les passagers il y avait des habitants de Nefteïougansk, leurs amis sont arrivés en jeep pour les emmener à la ville. Là on n'utilise que les jeeps parce que les vents sont trop forts, ils peuvent renverser une auto plus légère. Bref, ces gens-là m'ont pris avec eux. Maintenant imaginez : en pleine toundra je vais dans une direction indéterminée en société de trois hommes inconnus. Il y a une tempête de neige. La route est à deux voies et à notre rencontre vont des camions. Quand ils passent, un coup d'air nous rejette presque... Je vous avoue que je priais plus que jamais! (Elle rit.) Quand nous sommes arrivés à Nefteïougansk, j'ai compris que toutes les expositions et toutes les foires étaient déjà finies et je ne pouvais pas vendre mon batik. Je me suis trouvée sans argent, seule dans une ville inconnue et de plus très froide... En revanche j'ai vu pour la première fois des arbres glacés – et j'ai été frappée, je pensais : « Peut-être c'est pour cette beauté que j'y suis arrivée, c'est pour la voir». Enfin, nous nous sommes accordés avec le propriétaire d'une boutique, je lui ai laissé ma valise pleine de foulards et je suis revenue chez moi. Il n'y avait pas d'argent et j'ai décidéé de trouver un service. C'était difficile... Ce n'était qu'une seule... non, ce n'était que deux fois que j'avais été salariée : pendant une année j'ai été institutrice et pendant 6 mois – une fée au musée des contes à Moscou.

 

Est-ce vrai? Et qu'est-ce que vous faisiez comme fée ?

J'apparaissais en une robe féerique et avec une baguette magique. Les enfants pensaient qu'en me touchant, leurs rêves se seraient réalisées. C'était un instant magique mais il me fallait venir au musée deux fois par semaine, cela me semblait lourd et j'ai démissionné.

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Natasha ne cesse pas d'être une fée pour les enfants - une fée qui crée de collections sympatiques

 

Etes-vous devenue une salariée pour la troisième fois ?

Non, personne ne voulait m'engager. Enfin je me suis rappelée ma collection tricotage, j'ai donné un coup de téléphone à ma modéliste et proposé de travailler ensemble. C'était le premier pas. Puis j'ai essayé de colorier le tricot. A l'époque on ne le faisait presque pas, maintenant non plus. C'est plus difficile que la peinture sur une toile, cela exige des peintures qui ne glissent pas sur le tissu. J'ai beaucoup expérimenté : toute ma table était couverte par les peintures. Qu'est-ce que je n'ai pas mélangé — je travaillais comme un chimiste ! Finalement on a créé les peintures qui se fixent bien sur le tricot, ne s'effeuillent pas.

 

 

Au jour de notre interview Natalya a reçu deux brevets :

l'un de peintures « plates » - (à gauche), l'autre de peintures « en relief » (à droite).

La phrase sur le jumper : « je veux une surprise! ».

Novikova 06 Novikova 24

 

Pour trouver la suite : clic

Si vous avez des questions

je les transmettrai à Natasha avec beaucoup de plaisir.

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Published by Plume de loin La Plume de loin - dans les Russes racontent
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commentaires

femme russe 15/10/2012 09:14

A voir ces images, on peut dire qu'elle a vraiment un don particulier.

La Plume de loin 06/11/2012 05:27



Je suis d'accord )))



gene 15/10/2012 08:20

peindre sur du tricot , fallait y penser et en plus ça ne doit pas être évident du tout surtout que la peinture pour tissu n'est pas facile d'emploi . j'aime beaucoup ses foulards . J'ai fait de la
peinture sur soie mais c'est pas une technique que j'affectionne . j'espère qu'elle arrive à vivre de sa passion . Pas facile quand on fait de la création d'en vivre . bon lundi

La Plume de loin 06/11/2012 05:26



Moi aussi, je les aimes beaucoup :) Je ne comprend rien dans les nuances techniques mais j'adore cette humeur joyeuse que les vêtements de Natasha émettent. Bon mardi !



Jules 14/10/2012 18:03

Superbe histoire. Merci.

J'ai une question, où peut on acheter son tissu? il faut aller à Nefteïougansk?

La Plume de loin 02/11/2012 06:53



Il suffi d'être à Moscou : http://opt.novi-natali.ru/page/shop.html



Hanna 14/10/2012 17:24

Cet article est passionnant, c'est toujours intéressant de voir comment les créateurs doivent surmonter toutes sortes de difficultés mais ne renoncent jamais. Et les peintures sur tricot sont
magnifiques. Est-ce que Natasha utilise les réseaux sociaux pour se faire connaître au-delà de la Russie ? est-ce qu'elle a une boutique Etsy ?
Merci pour ce bel article.

La Plume de loin 02/11/2012 06:52



Désolée, Natasha n'a pas encore répondu à propos de Etsy... Je pense que non, elle n'y participe pas. Elle a un magasin en ligne mais il est en russe, le-voilà : http://shop.novi-natali.ru/


Bonne journée et pardon pour une réponse tardive!



Americano 13/10/2012 21:15

C'est tres joli.
Alexei a vraiment bon gout...

La publicité que vous voyez à côté n'a aucun rapport avec mes textes. Son apparition provient de la nouvelle politique d'over-blog.

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Basil_de_Moscou_3.jpgDescription: je suis russe, j'habite Moscou et c'est ma ville qui est le personnage principal de mon blog. J'aimerais vous présenter un tel Moscou qui n'est pas officiel.
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