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20 juin 2014 5 20 /06 /juin /2014 10:01

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Comment se fait-il que vous êtes devenu peintre d’icônes ?

Ivan : Je ne voulais pas créer les icônes – je voulais jouer de la guitare dans un groupe mais au début des années 90 ma mère avait besoin de main-d’oeuvre pour un grand projet. J’ai été béni pour travailler dans un atelier d'icônes et admis au projet pour faire le levka (les couches d'un mélange de colle et de poudre d'albâtre qu'on met sur une planche de bois avant y appliquer une image). Pendant longtemps j’ai été l'apprenti auquel on confiait parfois les menus travaux. Il y avait un autre atelier de création d’icônes bien agencé où ma mère travaillait comme directeur artistique. En 2000 sa fondatrice m’y a invité en tant que peintre. C'était un peu grâce à ma mère ... logiquement, on ne m’y reconnait pas comme peintre mais comme le fils de ma mère. En fait, je n’étais pas peintre, c’était un état transitoire entre l’élève et le maître. Je n’avais pas assez d’expérience mais j’ai compris qu’il me fallait travailler comme les grands maîtres qui m’entouraient et je me suis engagé dans le processus. A vrai dire, c'était plutôt ma superbe et mon envie débordante d’être le meilleur qui m'inspiraient. Il y avait beaucoup d’incorrections, d’infantilités ...

peintre icones 03

Icône Notre-Dame Porte du Ciel crée par Ivan Kirichénko.

En Russie, cette icône est connue comme Notre-Dame de l’Iveron grâce au nom

du monastère orthodoxe qui conserve l'original. Une de ses reproductions les plus vénérées

se trouvait à Moscou, près des portes du Kremlin, dans une chapelle. En 1929, la chapelle

a été démolie et l’icône a disparu. Devant cette icône les croyants prient pour la consolation

et pour le recouvrement de la force pour la vie de la grâce.

 

Si le métier a été si difficile pour vous, pourquoi vous ne l’avez pas abandonné ? 

Ivan : Vers la fin des années 1990, ma mère est tombée malade et ne pouvait presque plus travailler. Comme les gens continuaient à lui commander des icônes, j'étais obligé d'accomplir ces commandes sous sa direction. C’était très difficile, le savoir-faire me manquait. C’est à ce moment qu’il a fallu choisir : la guitare ou les icônes. Vous savez, Dieu nous pousse délicatement, peu à peu. Envers moi, Il a été charitable. C’est pourquoi, je suis resté dans le métier.

 

Etez-vous devenus un pofessionnel ?

Ivan : J’ai peur de vous répondre : parfois, mon travail me semble si non-professionnel. Je pense que si, grâce à Dieu, on peut créer des icônes en respectant les canons et les règles techniques, et en étant en pleine conscience de ce que l’on fait et pourquoi on le fait, alors on est un professionnel. Je m’efforce de l’être mais il y a beaucoup de doutes, de tentations, et de manque de foi.

 

Et le musée ?

Ivan : C’est une histoire remarquable ! J’avoue que je peux travailler mais gagner – c’est pas toujours. C’est pourquoi je me trouvais régulièrement dans l'embarras. A la fin de l’année 2010, un client a tardé à récupérer sa commande, une grande icône. Elle était chez mes parents et moi, j’étais sans argent, sans force pour une nouvelle commande, sans perspective. La situation était grave. Dans les derniers jours de décembre, Nikolay Zadorozchny, directeur du Musée des icônes, est venu voir mes parents. Il a vu l’icône et demandé qui était son auteur. Mon père a dit : « C’est mon fils. » - « Voudrait-il travailler dans notre musée ?» - « Oui, bien sûr !» Le directeur m’a contacté et j’ai accepté avec reconnaissance sa proposition d’être peintre et guide dans « l’atelier des icônes ». Quelques jours plus tard j'ai compris pourquoi cette icône était restée longtemps chez mes parents. C’était comme si quelqu’un me menait, sans me laisser dévier. Parfois, pour un petit instant, je me considère comme un être de laboratoire d’une grande expérience nommée « La vie humaine ». Je regarde comme de l’exterieur ce qui arrive et je vois la logique, je comprends QUI en est l’auteur. Pourtant il est difficile de comprendre ça et de l’accepter. C’est une lutte cruelle contre soi-même avec les échecs intérieurs, très douloureux ...

 

Pourquoi les échecs ?

Ivan : Parce que j’ai un idéal devant moi, ce sont mes parents. Leur vie est limpide ! Je ne parviens pas à vivre également et je me dis toujours qu’il ne faut pas désespérer. C’est le sens : passer par tout, endurer tout, accepter tout et, si possible, comprendre tous.

 

Communiquez-vous avec les autres créateurs des icônes ?

Ivan : J’essaie de ne pas le faire hors de mon travail dans le musée. Ce n’est pas à cause de l’arrogance. Simplement la non-conformité de mes travaux aux icônes anciennes me « suffit » ...  On m’apprenait à trouver et à corriger les erreurs sans pitié et cela a acèré mon oeil. Je suis confus de mon regard sceptique et je ne veux pas rendre confus les autres. Pourtant je suis toujours ouvert à ceux qui ont des questions sur la technique, j’essaie de les aider. Ce que je n’aime pas ce sont les paroles abstraites. Ma tâche est de faire correctement une icône du début jusqu’à la fin, ce qui est très difficile.

 

Travaillez-vous aussi comme un peintre laïque ?

Ivan : Oui mais je ne participe pas aux expositions. Pour cela je n'ai ni invitations, ni intérêt, ni assez d'énergie. Se dépenser pour créer – je le comprend, mais se dépenser pour se manifester ... Disons que c’est une expérience : si on travaille sans autopublicité, est-il possible que l’oeuvre soit remarquée ?

peintre icones 04
Dessin au crayon réalisé par Ivan Kirichénko

 

Combien d’oeuvres avez-vous ?

Ivan : J’ai environ 30 ou 40 dessins au crayon. Ils pourraient être plus nombreuses mais il me faut du temps pour créer les icônes. C’est par elles, que je m’ouvre aux gens. Ces dessins sont un journal de l’existence de mon âme dans le monde, mon atelier intérieur. Je suis très attentif à ce que je vois, écoute. Cela se conjugue avec ce qui arrive, avec le monde de ma mémoire et produit des associations. C’est le sujet de mes dessins au crayon: la réunion d’un fond mystérieux et fin avec les fragments de la vie réelle. Dans mes dessins j’existe dans un monde fragile, bâti sur les liens imperceptibles. Là il faut comprendre que le prix de l’autopublicité c’est l’âme, la possibilité d’errer dans ses recoins, de l’examiner : est-ce que je fais ce qu’il faut faire, mon Dieu ? est-ce que ce n’est pas contre Toi ? Quand on entre dans le monde de la vanité, les tentatives de le comprendre sont vaines.

 

Est-ce que vos graphyques ont un lien avec vos icônes ?

Ivan : Tout ce que je fais a rapport à la création des icônes. L'icône est l’essentiel, le pivot de tout, elle aide à structurer l’espace. Elle apprend une succession d’actions, une discipline. Peut-être tout ce que je fais correspond plus au moins aux processus de la création des icônes.

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Dessin au crayon réalisé par Ivan Kirichénko

 

Je sais que vous composez de la musique. Comment c’est arrivé ?

Ivan : Mon premier sentiment musical : j’ai 5 ans, je suis sur un pot de chambre ; à ma gauche, un point radio proclame : « Ostrovsky. Enfantés par la tempête », à ma droite, dans la pièce voisine, ma grand-mère travaille sur une partition. Elle était compositeur et créait une musique très fine, impressionniste. C’était le fond musical de mon enfance : le radio quand les parents n’entendaient pas (il m'interdisaient la propagande soviétique) et le travail de la grand-mère derrière le mur. Je n’écoutais jamais la musique habituelle. Puis, à l’âge de 11 ans, j’ai été frappé par Vladimir Vyssotski. C’était si sauvage et frais ! Je voulais exécuter ces chansons. La liberté était là, me semblait-il. Ensuite, le tour était au heavy metal. Imaginez mes pauvres parents, les gens cultivés, initiés à la culture orthodoxe ! Moi, je comprends très bien leurs sentiments tragiques mais ils m’ont supporté et c’est un exploit. Puis c’était la guitare. Avec un de mes amis on a organisé un groupe, puis un autre. Nous répétions, donnions les concerts. Cependant plus je m’en occupais, plus je comprenais que ça clochait. Un jour, j’ai compris qu’il y avait le Silence dans le monde et qu’il y avait le Bruit – les hurlements, les grondements qui engendraient un troisième espace, mystérieux, hors des règles et des clichés ! J’ai abandonné les gammes, les arpèges, les accords ; pendant les concerts, j’improvisais une sorte de paysages étendus ... jusqu’au moment où j’ai compris qu’il me fallait les composer et les noter. Le travail dans un studio donne un système d’axes particulier : j’ai découvert que le monde autour de moi pouvait être saisi, enregistré et entrelacé dans le tissu d’une oeuvre. J’ai compris que les sons et les bruits étaient les questions que le monde nous posait et je lui répondais.

 

C’est un dialogue que vous créez ?

Ivan : Presque : ce sont des toiles sonores où le rythme n’est pas obligatoire. La musique n’en est qu’une partie, elle vient et va. Je n’aime pas l’illusion de l’humeur que la mélodie inspire, je ne m’y intéresse pas. Ce qui m’intéresse c’est le monde qui parle et comment on peut saisir ce torrent de sons qui nous transpercent, qui n’existent qu’un clin d'œil mais ne se taisent jamais, qui proviennent de partout et disparaissent nulle part ... Je le regarde, l’écoute, j'en témoigne et dis : « Merci, Mon Dieu et sois glorifié !» Nous sommes créés à Son image et je cherche à comprendre comment être cette image.

 

Merci à Ivan pour les photos des icônes et des dessins au crayon.

Pour écouter sa musique : clic

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Published by Plume de loin La Plume de loin - dans les Russes racontent
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Basil_de_Moscou_3.jpgDescription: je suis russe, j'habite Moscou et c'est ma ville qui est le personnage principal de mon blog. J'aimerais vous présenter un tel Moscou qui n'est pas officiel.
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