Je suis russe, j'habite Moscou et c'est ma ville qui est le personnage principal de mon blog. J'aimerais vous présenter un tel Moscou qui n'est pas officiel.
En continuant le sujet sur les accordéons.
En Russie on appelle cet instrument « garmon’ » ou, plus tendrement, « garmoshka » . L’origine du mot est évidente (du grec), mais pas l’origine de l’instrument ! Certaines chercheurs croient qu’il est né en Allemagne car en 1821 un artisan allemand a fait le premier harmonica et en 1822 – la version à main qui fonctionnait sur le même principe.
Malgré ces faits, même les Allemands estiment que l’accordéon est apparu en Russie, selon l’article de Wikipedia.de
Le fondateur du musée de l’accordéon à Moscou, Alfred Mirek, pensait aussi, que cet instrument a été inventé en Russie, plus précisément à Saint-Petersbourg, en 1783, par un ingénieur tchèque Frantisek Kirshnik.
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| L'un des objets de l'exposition : le sheng, lointain ancêtre chinois de l’accordéon. |
Bien sûr, il a des arguments mais pourquoi ce désir de prouver que les Russes sont les pionniers ? Je pense , que dans le cas de Mirek il y avait une autre idée. J’ai trouvé une de ses interviews où il dit : « Je ne suis pas un partisan de ce que « la Russie soit le pays natal des éléphants etc. /dans ce cas-là cette expression signifie « le pays natal de toutes grandes choses du monde »/. Mais nous vantons les affaires d'autrui et ne connaissons pas les noutres et c'est inadmissible absolument. »
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| La vitrine dans laquelle on présentait un accordéon russe pendant l’exposition mondiale à Paris en 1900. Cet instrument produit par la fabrique des frères Kiséliovs a gagné des prix. |
Ce sentiment fort de l’harmonie et de la dignité – je l’ai trouvé aussi dans les mémoires de Mirek où il décrit sa vie dans le camp « Ounjlag » (près de rivière Ounja) et l’histoire de sa deuxième arrestation en 1984.
A cette époque le Ministère de l'Intérieur russe a commencé l'action contre des collectionneurs qu’on accusait de spéculation etc. Mirek, on l'a rendu coupable de soustraction du bien public : il a vendu une partie de sa collection d'accordéons au musée d’Etat et on l’a accusé de prix exagéré.
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| L’intérieur d’un bistrot typique pour Moscou au début du XXe siècle : là l'accordéon était un objet obligatoire. |
Le juge d'instruction affirmait que les objets historiques n’avaient pas du tout de valeur, qu’ils ne coûtaient que plusieurs kopecks. Selon l'expertise certains instruments ont été appréciés littéralement au zéro roubles. Parmi eux était l'un des plus rares accordéons du monde qui a été fait en 1888...
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| L’atelier d’un artisan d’accordéon de la fin du XXe siècle : des instruments et des objets de la vie quotidienne. |
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Bref, Mirek, qui avait 62 ans, est devenu prisonnier encore une fois.
Dans ses mémoires il décrit (tranquillement et même avec humour !) ses jours dans la prison, les gens qui l’entouraient et les autres, qui recherchaient son « crime » . Son histoire se mélange à celle des artisans et des musiciens dont la vie a été liée à l’accordéon – Mirek était plongé dans sa propre recherche pleine d'événements vrais, pas fabriqués. Peut-être cette plongée l’a aidé à conserver une quiétude étonnante.
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| Voici l’une des histoires que Mirek raconte sur des accordéonistes dans son livre. Un musicien Sacha accompagnait un théâtre qui voyageait d’un kolkhoze à l’autre. Une fois le chariot de Sacha est resté en arrière et il s’est égaré. L'accordéoniste s’est trouvé seul dans la steppe et quand la nuit est tombée il était entouré par une bande de loups. Il avait tellement peur que... il a commencé à jouer de l'accordéon ! Il exécutait tout son répertoire : valses, romances, chansons etc. Quand la musique jouait, les loups s’arrêtaient et l’écoutaient attentivement. Quand il y avait une pause, les animaux commençaient de s’approcher et Sacha continuait à jouer pour ne pas être mangé par son auditoire ! A l'aube « le public » s'en est allé. L’artiste a été trouvé par des cosaques qui cherchaient son chariot perdu. - Tiens, - a dit un cosaque, - je vois qu’il y avait beaucoup de loups ! Pourquoi ils ne t’ont pas mangé ? - Je leur ai fait un bon concert, - a répondu Sacha. – Ces diables ont écouté de toutes leurs oreilles ! |
Mirek a été réhabilité, le juge a trouvé que l’inculpation était fragile, plus précisément, elle était absurde. Quand même Mirek avait déjà passé environ un an en prison...
Après tout cela il n’a pas laissé l’idée de la fondation du musée ! En 1997 il a offert sa collection à Moscou et la ville, dieu merci, n’a pas refusé ce trésor, déjà connu dans le milieu des musiciens du monde.
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| En haut : des accordéons miniatures.
A droite : un instrument de l’époque de l'époque de la deuxième guerre mondiale. | |
Mirek travaillait dans le musée jusqu’en 2009. Il est décédé à l'âge de 87 ans.
Le musée d’accordéon fonctionne maintenant sans son fondateur. Il n’est pas si célèbre que la galerie Tretyakov, bien entendu, mais il a son ambiance très sympathique et curieuse. En outre on y fait des concerts et propose des visites guidées avec « du thé à la russe », c’est à dire avec du samovar, des baranki et de la musique populaire d’accordéon !
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L'information pour les visiteurs éventuels
L'adresse du musée d'accordéons à Moscou: 18 rue 2e Tvérskaya-Yamskaya.
Le musée est ouvert
le mardi et le mercredi - de 10h00 jusqu'à 18h00
le jeudi - de 10h00 jusqu'à 21h00
le vendredi, le samedi et le dimanche - de 10h00 jusqu'à 17h00
La caisse se ferme 30 minutes avant la fermeture du musée.
Le lundi et le dernier vendredi du mois le musée est fermé.
Un ticket pour adulte - 50 roubles (environ 1,3 euros)
Un ticket pour enfant - 20 roubles (environ 0,5 euro)
Un ticket pour famille de 3 personnes (2 adultes + 1 enfant) - 100 roubles (moins de 3 euros)
Le troisième dimanche de chaque mois le musée travaille gratuitement.
Les prix de concerts, visites guidées etc variables.