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21 avril 2014 1 21 /04 /avril /2014 14:09

 

Première partie : clic

Deuxième partie : clic

 

Outre Boris Iofan et Vera Moukhina, dans le destin de l’Ouvrier et la Kolkhozienne il y avait encore une personne clef. Le projet ne pouvait pas être réalisé sans quelqu’un qui lui donnerait son échelle réelle ce qui n’était pas un devoir pour un simple amateur des puzzles.


Le travail a été confié à Piotr Lvov, ingénieur, spécialiste de la soudoure électrique, constructeur du premier avion soudé du monde.

  Ouvrier Kolkhozienne 26
   Piotr Lvov

Né à Moscou en 1891, il a reçu une formation supérieure en sciences techniques, puis il travaillait dans une usine allemande comme ouvrier, ansuite dans une autre en tant qu'ingénieur.

Lvov était en Allemagne quand la Première guerre mondiale a commencé. Il a été arrêté sur le soupçon de l’espionnage au profit de la Russie, mis en prison, puis dans un camp de concentration où il restait jusqu’à la conclusion de la paix en 1918. Puis il est revenu en Russie, déjà URSS.

Après le retour, Lvov travaillait en tant que spécialiste des machines agricoles, puis au bureau d'études de l’usine d'aviation. En même temps il est devenu professeur et puis chef de la chaire de technologie des métaux à l’académie des forces aériennes.

Vers 1936, Lvov est connu comme l’auteur de la méthode du soudage des profils en acier pour les avions.

Au début, Iofan planifiait le monument en duralumin mais Lvov l’a persuadé de choisir l’acier inoxydable. Quelques annnées plus tard, Moukhina se rappelait la première réaction des artistes à cette idée* :

«... beaucoup de sculpteurs ont commencé à protester : "Ce n’est pas flexible, ce n’est pas plastique !" Lvov a fait à réaliser en acier la tête de « David » de Michel-Ange. Toutes les objections sont tombées. L’acier était très ductile et plastique [...] Elle est achrome et prend toutes les couleurs du jour : rose à l’aube, orageuse pendant l’orage et le soir - elle est d’or. »

Pour assembler les détails du monument, Lvov a choisi le soudage au lieu des rivets ce qui était nouveau à l'époque. Exprès pour le montage de la statue, il a inventé une machine à souder par points.

Ouvrier Kolkhozienne 27

Montage de l’Ouvrier


Comme il fallait agrandir 15 fois la maquette de plâtre - de plus très vite, - une équipe de 160 personnes travaillait jour et nuit presque sans avoir le temps de se reposer. Voici ce que Moukhina racontait plus tard :

« Je le vois comme si cela se passait maintenant : Lvov, debout, haut comme un poteau.

" Couchez-vous pour un moment, Piotre Nikolaévitch ." - " Je ne peux pas : si je me couche, je ne me lèverai  pas." Il n’a pas dormis pendant plusieurs nuits. Les soudeurs se fatiguaient ainsi que les instruments leur tombaient des mains […] Les ouvriers ont demandé à Lvov : " Réposez-vous, Piotre Nikolaévitch, nous ferons tout ." Lvov s’est assis, endormi tout de suite et va presque tomber à côté. On l’a accoté au pilier – lui, il n’en a pas remarqué. »

Ouvrier Kolkhozienne 28  

Peu avant l’exposition universelle à Paris

en 1937. De droite à gauche : Piotr Lvov,

Boris Iofanet Vera Moukhina.

 

A Paris la situation s’est répétée. Un concours non officiel avec l’équipe allemande exigeait de monter le monument plus vite possible pour dépasser l’apparition de l'aigle nazi ...

A côté du pavillon soviétique il y avait celui de l’Espagne. Un matin, un peu avant la fin du montage, un ouvrier espagnol est venu et a conseillé d’examiner les treuils de la grue de montage. On l'a fait et a découvert qu'un des câbles a été gâté. En cas où on l'utiliserait cela menacerait ruinerait de la statue.

Autant on se préoccupait de l’intégrité du monument avant l’exposition, autant on le négligeait après. Pendant leur transport de Paris à Moscou, l'Ouvrier et la Kolkhozienne ont été endommagés et ce n’était que grâce à leur grande gloire qu’on a décidé de les restaurer. On les a mis près de l’entrée de Exposition des réalisations de l'économie nationale de l'URSS pourtant son piédestal était trois fois plus bas qu’avant. Vera Moukhina l’appelait «une souche». Jusqu’à sa mort en 1953, elle continuait à exiger une place et un piédestal dignes pour ses « enfants ».

Quant à Lvov, après Paris il a réalisé la statue de l’Ouvrier pour le pavillon de l’exposition universelle à New-York en 1939, puis il continuait ces travaux sur l’acier et les techniques du soudage.

Ouvrier Kolkhozienne 31

Station « Maïakovskaya » du métro de Moscou :

le métal inséré aux colonnes est le même que Lvov a élaboré pour

les avions – « énergy-6». Les stations souterraines ne volent pas, bien sûr,

mais leurs constructions exigent autant de légèreté physique que décorative.

 

Piotr Lvov est décédé en 1976, la même année que Boris Iofan.

En 1987 on a annoncé un concours pour un nouvel endroit de l’Ouvrier et la Kolkhozienne mais cette entreprise a disparue dans les perturbations de Perestroika. En 2003 le monument a été démonté et n’est reapparu qu’en 2009. Selon wikipedia, sa reconstruction et la construction de son nouveau piédestal qui est en même temps un centre d’exposition coûtaient plus de 3 millions de roubles (environ 70000 euros si je ne me trompe pas). Ouvrier et Kolkozienne

Avant de fermer le sujet, il faut mentionner encore un artiste – Joseph Tchaïkov, l’auteur des bas-reliefs qui décoraient le pavillon.

 

Voici un fragment de leurs copies contemporaines (et enneigées un peu) :

ouvrier et kolkozienne 10
 

Le grand-père de Joseph était copiste des textes juifs religieux à Kiev ce qui explique la participation active de Joseph dans le mouvement des artistes juifs avant 1917. Après la révolution Tchaïkov déménage à Moscou et entre dans la société des sculpteurs russes dont il devient le chef en 1929. Son origine « religieuse » n'a pas empêché sa gloire, pourtant on n’affichait pas le rapport de Tchaïkov au pavillon soviétique à Paris. 

Quand l’exposition universelle de 1937 a été fermée, l'Ouvrier et la Kolkhozienne sont revenus à Moscou mais qu’est-ce qui est arrivé avec les bas-reliefs qui préséntaient les images des républiques soviétiques ? Elles ont été totalement oubliées.

Leur destin resterait inconnu si un archéologue français, François Gentili, ne les avait pas retrouvées pas en 2004 absolument par hasard. Voici l’histoire qui est passionnante : clic et clic (merci beaucoup à Bernard pour le deuxième lien !)

 

* Selon Alexander Beck et Lidia Toom qui ont parlé avec Vera Moukhina et publié plus tard leurs sténorgammes.

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Published by Plume de loin La Plume de loin - dans les monuments
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Basil_de_Moscou_3.jpgDescription: je suis russe, j'habite Moscou et c'est ma ville qui est le personnage principal de mon blog. J'aimerais vous présenter un tel Moscou qui n'est pas officiel.
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