Texte Libre
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Pour la communauté « Entre ombre et lumière » dont le sujet de la semaine est "les oiseaux".
Ce faucon garde l’entrée d’un des paradoxes de l’époque soviétique. Il s’agit du village des maisons privées qui sont apparues à Moscou dans les années 20.
Oui, c’était le début de l’époque soviétique. Le pays était plongé dans les changements et Moscou – dans une crise du logement (certaines choses ne changent jamais !!!). Pour résoudre le problème Lenine a signé le Décret sur la construction des logement coopératifs en autorisant la construction de maisons privées. Bien sûr, les gens en êtaient de leurs deniers.
Ce village était l’un des premiers projets de cette sorte et le plus grand d’entre
eux. Il a reçu le nom « le Faucon » et le concept de cité-jardin qui était à la mode à cette époque. Confortable comme une ville industrielle et écologique comme un village de
campagne cette cité était cohérente avec l’idée du futur communiste.
Par contre le paradis exigeait des investissements bien capitalistes. Il fallait être relativement aisé pour devenir membre de cette coopérative. A cette époque (je vous rappelle qu’il s’agit des années 20) une maison dans ce village coûtait environ 6 000 « roubles or ». Si je ne me trompe pas, ça fait environ 1 800 000 roubles contemporains (environ 46 000 euros).
A propos : maintenant les « cottages » du « Faucon » sont encore plus chers : à partir de 10-12 millions de roubles (environ 255 000-300 000 euros) et jusqu’à l’infini. J’en ai vu un à 189 321 600 (environ 4 900 000 euros).
D'autre part, parmi les premiers résidents du village il y avait des médecins, des économistes, des professeurs, même des ouvriers. Je veux dire que ce n’était pas une réserve pour les fonctionnaires comme la Maison du quai.
D’abord le village a eu son conseil d’administration dont le premier chef était le président du syndicat des peintres soviétiques. Ce fait explique la présence de quelques artistes célèbres parmi les membres de la coopérative et que ses rues portent les noms de grands peintres russes : Vroubel, Brioullov, Polenov, Levitan etc.
En 1936 la coopérative a été abolie comme les autres coopératives soviétiques, les bâtiments du village sont devenues la propriété de l’Etat. Puis le NKVD a commencé ses visites...
Un malheur ne vient jamais seul.
Après les arrestations il y avait la guerre : le « Faucon » se trouvait justement sur le chemin de l’armée allemande qui se dirigeait à Moscou. Les femmes et les enfants du village sciaient les pins de son parc pour construire la ligne de défense. Puis la question du logement est revenue à Moscou et les jolies maisons en bois sont devenues des commounalki, dont chaque habitant avait 6 mètres carrés.
Dans les
années 50 les gens défendaient leur « Faucon » de nouveau, cette fois face à la
municipalité qui pensait à le démolir dans le cadre de la grande construction des maisons modernes à Moscou. En 1979 le « Faucon » a reçu le statut d’ensemble historique. C’est à dire que
l’administration de la ville l’a laissé en paix, mais après la perestroïqua le village s’est heurté à un autre problème: des promoteurs immobiliers privés. La force de l’argent est plus forte que
celle de l’idéologie : certaines vieilles maisons ont été démolies pour céder la place aux cottages de nouveaux riches.
Quand même le « Faucon » continue à exister - entre l'ombre de la disparition et la lumière de l'espoir que ses habitants riches le protégeront contre l'invasion de l'architecture moderne.
Entouré de bâtiments multiétagés et disposé tout près d'une grande rue de Moscou, ce village a l'air patriarcal et bien exotique. Il inclut 117 maisons privées, un musée et un joli parc qui est ouvert pour tout le monde.