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19 novembre 2010 5 19 /11 /novembre /2010 11:08

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Je me demandais plusieurs fois: un projet commercial “humain” est-il possible en Russie? Et j’ai trouvé la réponse pendant ma visite à Skolkovo – c’était deux jeunes filles qui font leur affaire en restant humaines et en restant artistes. Je vous les présente avec plaisir:

Alina Rostotskaya, l’auteur et l’inspiratrice du projet "Jazzy Kitchen”. Elle a 23 ans mais elle est déjà une chanteuse de jazze relativement connue en Russie. Aline Rostotskaya Alexandra (Sacha) Belova, sa fidèle assistante de 24 ans, pianiste et employée d’un des "élitairs" clubs du jazz à Moscou.Sacha Belova

Pourquoi donc avez-vous décidé de faire votre propre projet jazz?

ALINA

Nous discutions longtemps l’idée d’un festival des jeunes musiciens du jazz. Puis la crise est arrivée et peut-être c’était elle qui nous a donné l’accélération. Parce que les clubs jazz de Moscou ont commencé à se fermer et nous avons compris que nous n’avions presque plus de lieux pour jouer. Sans doute les clubs riches n’ont pas disparu mais pour un jeune musicien il est presque impossible d’y faire un concert: il ne pourra pas faire salle comble car les billets sont trop chers dans tels clubs et il n’y a pas beaucoup de gens qui les achèteraient pour écouter un artiste peu connu. Voilà ce qui nous a fait bouger. Et nous avons commencé à chercher un lieu – pas un club, pas une salle de concert... Nous avons eu besoin de notre format. Jazzy Kitchen à Moscou

Le lieu qu'Aline a trouvé pour leur projet est vraiment hors-série: un bâtiment de XVIIe siècle

qui a devenu une maison de la culture pendant l'époque soviétique.

 

Qu’est-ce que c’est “votre format”? Et pourquoi “Jazzy Kitchen”, pourquoi “cuisine”?

ALINA

Parce que pour les Russes une cuisine – c’est une place exceptionnelle d'une maison, où on se réunit, où on cause toujours en prenant du thé ou quelque chose plus chaude... Nous voudrions faire le jazz plus “en pantoufle” parce qu’il a acquis un air trop élitaire. 

Moscou: jazz en pantoufleJazz "en pantoufle".   

Photo faite par Victoria Igoshina     

Et nous voudrions faire le jazz en peu plus abordable – un billet de 300 roubles (environ 7 euros) ce n’est pas cher. De plus nous essayons de raccourcir la distance entre un musicien et son auditoire. C’est pourquoi nous avons fait un format où on peut poser des questions et écouter en prenant du thé sans avoir besoin de dire “Eh, garçon! etc...” Je suis une musicienne et je connais ce sentiment mauvais quand tu ouvres ton âme aux gens et ils font du bruit avec des fourchettes. Mais c’est justement ce qu’il y a dans nos meilleurs clubs jazz, même aux concerts des étoiles étrangères. Je me rappelle mon honte que j’ai eu au concert de Diane Schuur, cette femme âgée et presque aveugle qui était tout à fait sans défense devant cet public, elle n’a pas pu dire “Hé! cessez enfin de parler!”. Cet public a acheté les billets très chers mais ce n'était pas pour écouter la musique mais pour se montrer à un événement retentissant.

 

On peut dire que jazz a devenu un hors-d'œuvre? Mais pourquoi?

ALINA

Parce qu’ici tout le monde veut gagner beaucoup d’argent et aussi vite que possible. C’est bien un homme d'affaires qui possède un jazz club et c’est le bénéfice qui fait son intérêt. Si le jazz ne donne pas d’argent, un possesseur peut transformer son club à un pub – c’est déjà arrivé avec plusieurs jazz clubs. Il y a sans doute des exceptions, mais pas à Moscou. Par exemple à Oufa il y a un jazz club fondé par un ophtalmologue célèbre. Un billet à n’importe quel concert – Hiram Bullock au un petit ensemble local – coûte 70 roubles (1,7 euro).

 

SACHA

Mais il ne gagne pas sa vie grâce au club, ce médecin, mais grâce à l’ophtalmologie. Un jazz club ordinaire ne peut pas exister avec un tel prix des billets. Par exemple, à ce club où je travaille, un billet coûte 1000 roubles (24 euros), sinon le club n’aura pas de son bénéfice. Mais c’est trop cher et c'est incorrect: le jazz doit être accessible aux couches sociales différentes, il faut varier des prix.

 

C’est logique: si aujourd’hui tu fais bondir les prix, tu perdras au futur.

ALINA

Tels clubs, ils ne perdent pas. Ils comptent sur un public déterminé.

 

SACHA

Et s’ils commençaient à travailler pour les autres visiteurs, le public “choisi” n’irait plus aux concertes: le status est très important pour les gens riches. Je pense, c'est le problème du manque de la culture...

 

Et qui fait votre public?

SACHA

Se sont les gens très différents. Mais ils sont unis par ce qu'ils aiment la musique.

 

ALINA

Se sont le jeunes gens de 20-35 ans. Ils sont créatifs, prêts au format hors-série, ils veulent comprendre, écouter, communiquer. Et c’est aussi notre but: créer un espace créatif où les peintres, les photographes, les musiciens, les écrivains se trouveront... Oui, je pense, les gens viennent à notre “Cuisine” pour trouver pas seulement la musique mais aussi la communication. Et nous les associons à la musique pas à pas. 

 

 

Vous les associez exactement au jazz?

ALINA

Nous ne nous concentrons pas à un genre concret, au mainstream. Nous tâchons montrer les faces variées de cette musique: ethno jazz, adaptations des chansons russes et soviétiques, indie musique, qui contient aussi l’improvisation – bref, nous sommes ouverts aux expériences.

 

SACHA

Seulement l’improvisation est obligatoire.

 

ALINA

Et l’honnêteté

(Toutes les deux rient.)

 

Pourquoi vous riez?

ALINA

Parce que... Moscou est la ville des tentations où il est très facile à un musicien de cesser de faire la véritable musique qui va de son cœur. Parce qu’ici la plupart des musiciens ne sont pas les Moscovites. Moscou est le centre du jazz en Russie et les gens pensent que c’est le lieu de tous les événements importants. Et en fait c’est le lieu de la circulation d’argent. Mais tous les gens doués arrivent à Moscou et ils ont à louer des logements. Et voilà ils ont toujours à choisir entre l’argent et l'inspiration. Voilà pourquoi nous avons fait ce projet où le gens peuvent gagner sans s’occuper de l’invitation de leurs amis pour faire salle comble. Je suis né à Moscou et ce manque de la cordialité de nos jours m’énerve. Les gens ne s’occupent que d’argent. Et notre projet est peut-être fait pour ceux-là qui sont aussi fatigués de ce fait et cherchent une alternative. Parce que la plupart des gens dans cette ville souffrent de leur vie trop réglementée.

jazz à Moscou

 Une vie réglementée? Pas dans la "Cuisine Jazz"!

 

Mais pourquoi vos soirée n’ont lieu qu’une fois par mois?

ALINA

Il nous manque une table de mixage et je ne sais pas comment nous pouvons gagner l'argent pour l'acheter. C’est une somme astronomique, minimum 100 000 roubles (environ 2400 euros). Pour le moment un de nos amis, un musicien, nous donne sa table de mixage. Mais il peut faire cela une fois par mois. Si nous aurions le notre... Mais, d’autre côté, nous n’avons pas du local pour le stocker. Bref, pour l’instant nous espérons qu’un jour un bon homme riche nous trouvera et nous questionnera: “Qu’est-ce que je peux faire pour vous?”

jazz à Moscou

 "Cuisine du jazz", un lieu tout à fait créatif )))

Photo par Alisa Kantsiber 

Ne vous vexez pas mais cette espoir est très en caractère russe... À propos, chante-on le jazz en russe?

ALINA

Très rarement, parce qu'il est difficile de combiner la phonétique russe et le rythme du jazz. Mais il y a un projet excellent - "Zventa Sventana" - qui a uni les folks russes avec la musique contemporaine électronique, avec hip-hop et jazz. Le projet a du succès et je pense que pour le moment il est le plus exportable en Russie.

Un peu du jazz en russe: Anna Boutourlina, "La chanson des chevaux volant"

 

 

Qu’est-ce que cela veut dire “plus exportable”?

ALINA

Pas comme les autres. Il employe nos racines, son origine russe pour faire son propre individualité, et il réussit! Le problème de notre musique c’est sa tentative d’être semblable à la musique occidentale. C’est peut-être à cause d’époque soviétique où tout ce qui était occidentale passait pour le  meilleur. Mais en fait la culture russe est très riche et il me semble, en perspective nous aurons la domination des traits russes dans la culture mondiale. Et il me semble, il y a pour le moment une bonne tendance: les gens ont compris qu’il faut arrêter gagner d’argent – il faut faire son affaire et l’argent viendra lui-même. Et tantôt ici, tantôt là les gens apparaissent qui mettent d’âme dans leur affaire et ne comptent pas sur un bénéfice féerique. Et un jour ces petits points-là s’engloberont.

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Published by Plume de loin La Plume de loin - dans les Russes racontent
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commentaires

gene 22/11/2010 08:08


un reportage très intéressant . la chanteuse a une belle voix . je pense que la Russie a des musiciens de talent et un passé riche où ils peuvent puiser de l'inspiration pour faire de la musique
sans copier. En France , beaucoup de jeunes passent par internet , c'est aussi un moyen de se faire connaître même si on a pas de sous . L'argent domine un peu partout , c'est la même chose en
peinture . Il y a une peinture élitiste , plutôt d'inspiration contemporaine et les autres . Mais petit à petit ça change. Et la peinture en Russie actuellement , comment ça se passe ? Continue tes
articles me permettent de mieux connaître ton pays . bisous


La Plume de loin 23/11/2010 07:31



Merci pour le commentaire et pour la question. C'est une bonne idée: parler de la peinture en Russie actuellement.


Bisous!



geob 21/11/2010 19:44


bonjour...
excellent reportage qui éclair un peu plus le vie en Russie..
cette chanteuse a une voix de très bonne qualité..merci pour ce partage..
amicalement


La Plume de loin 23/11/2010 07:20



Merci pour le commentaire )


Bonne journee!



Véronique Brosseau 21/11/2010 19:38


bonjour, cela change d'avoir un petit coin d'"ailleurs" par le blog .. tu habites la Russie ?


La Plume de loin 23/11/2010 07:20



Bonjour. Oui, je suis Moscovite ))



Latil 21/11/2010 11:35


Avant la chute du mur de Berlin, on parlait énormément d argent a l est. J ai pensé c est parcequ ils n en ont pas beaucoup, parceque il faut avoir des relations pour tout, mais rien n a changè, a
part que les sommes en jeu sont considérables maintenant.J ai appris beaucoup sur le Jazz en Russie et sur la façon d exploiter les salles grace a ton article.Cela m intéresse beaucoup car j étais
en contact avec l est,contrairement aux autres francais qui ne sont vraiment pas trés nombreux chez toi.
Bonne journée Latil


La Plume de loin 23/11/2010 07:02



A Moscou on parle (et on pense!!) toujours de commerce, je suis d'accord avec Alina. C'est une ville ou même des enfants parlent d'argent et c'est terriblement parce que les gens ne veulent que
leur salaire et sont prêtes à travailler jour après jour pour gagner, gagner, gagner. Mais ils ne savent pas pour quel but: c'est l'argent qui a devenu leur but et... c'est idiot et ce n'a pas du
futur!



Marine D 20/11/2010 18:37


J'aime beaucoup la voix et l'improvisation de cette chanteuse car j'adore le jazz mais j'avoue que j'ai du mal à lire trop de blabla, même si c'est intéressant, je manques de temps... Tu vois là,
je viens de rentrer et je repars voir un vernissage et puis un repas, il faut que je répondes et que j'ailles voir mes visiteurs, et c'est bête, mais le temps n'est pas extensible, enfin je
reviendrai te lire au moins un peu, Plume.
Je suis heureuse que tu ai regardé mes albums il y a un moment que je ne les ai pas mis à jour car j'ai l'impression que personne ne prends le temps de les regarder mes jolis 5 chevaux...
Passes une bonne soirée, je reviendrai


La Plume de loin 23/11/2010 06:48



Merci pour la visite et pour ce que tu as trouvé un peu du temps pour écrire le commentaire.
Tu vois, il y a toujours quelqu'un qui s'intéresse aux chevaux ou au jazz )))


Bonne journée!



La publicité que vous voyez à côté n'a aucun rapport avec mes textes. Son apparition provient de la nouvelle politique d'over-blog.

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Basil_de_Moscou_3.jpgDescription: je suis russe, j'habite Moscou et c'est ma ville qui est le personnage principal de mon blog. J'aimerais vous présenter un tel Moscou qui n'est pas officiel.
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