Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
27 mars 2012 2 27 /03 /mars /2012 11:40

On continue la conversation avec Anne, la conservatrice des fonds du Musée d’icônes privé.

Pour trouver la partie I: clic

 

 

Y a-t-il maintenant beaucoup de gens qui s’intéressent aux icônes ?

Nous avons fait une exposition dans le Musée des beaux-arts Pouchkine qui s’appelait « Les chef-d'œuvres d'icônes russes du XIV–XVI siècle, collections privées ». Nous avons uni 24 collectionneurs pour présenter 135 icônes dont les 75 % ont été exposées pour la première fois. 

l’atelier du peintre iconographe 

Les deux savoir-faires du musée: l’atelier du peintre iconographe (en haut) et une chapelle de vieux-croyants.

 

A l’atelier on peut voir des instruments anciens et un peintre iconographe tout à fait contemporain qui raconte avec beaucoup de plaisir le processus de la création d'icônes.

Quant à la chapelle, c'est Nikola Zadorojny, le directeur du musée, qui l'a trouvé. Jadis il collectionnait les icônes, les cherchait dans les villages lointains et un jour il est tombé sur cette chapelle abandonnée.

Il est passé presque 40 ans, Zadorojny est devenu le directeur du musée, s'est rappelé la chapelle et l'a proposée pour l'exposition. Pour transporter ce bâtiment en bois on a organisé une expédition qui la trouvait à peine car personne ne pouvait se rappeler où elle était. Quand même on a réussi: on a trouvé la chapelle, l'a démontée et apportée à Moscou pour la remoner dans l'une des salles du musée. 

Moscou, la chapelle de vieux-croyants

 

A vrai dire, ma question précédente concernait le public : y a-t-il beaucoup de visiteurs dans votre musée?

Non, pas beaucoup, car nous n’avons pas encore fait la publicité. D’abord il n’y avait pas de local, puis nous n’avions pas de temps parce que nous participions activement aux projets étrangers. En 2011, par exemple, nous avons organisé nous-même une exposition à Rome, nous avons exposé plus de 40 icônes. Avant cela nous avons participé à une exposition viennoise « Icônes sous le marteau et la faucille ». On y présentait les oeuvres qui ont été endommagées pendant l’époque soviétique. Nous y avons apporté un fragment tranché de l’icône « Le Jugement Dernier ». Après la révolution de 1917 on le faisait souvent : s’il manquait des planches, par exemple, dans une étable, on utilisait une icône ou une partie d'elle. Les collectionneurs avaient beaucoup de trouvailles pareilles...

Moscou, Musée d’icônes privé
  Des instruments d'un peintre iconographe 
Moscou, Musée d’icônes privé
 A l'intérieur de la chapelle de vieux-croyants.

 

Aux étables ?!

Oui. Si un collectionneur venait au village, il y ratissait chaque pouce de terrain. Jadis notre directeur Nikola Zadorojny le faisait aussi. Un jour il à demandé à la femme d'un village si elle avait des icônes. Elle a répondu : « Je n'en ai plus. J’ai eu l’icône de saint Nicolas mais il y avait des petites images avec les scènes où les diables participaient et j’ai pensé que ce n’est pas bon. J’ai raclé les diables mais tout de même je m'inquiétais. Que faire ? On ne peut pas jeter d’icônes à la poubelle ! Alors, je l’ai enfouie. » A propos, c’est exactement ce que les paysans faisaient avec les vieilles icônes : ils les enfouissaient ou les mettaient dans l’eau d’une rivière ou d'un fleuve. Il s’agit des oeuvres qui sont devenues noires. Les icônes, on les huilait de lin qui noircit avec le temps. Proprement dit, la découverte de l’icône russe avec toutes ses couleurs s’est arrivée quand on a enlevé la couche d'huile de lin.

 

Les découvertes arrivent-elles encore de nos jours ?

Cela arrive. Il y a un an et demi, une expédition dans l’oblast de Vologda a trouvé l’icône de sainte Paraskeva Pyatnitsa (Parascève d'Épibata). Elle était sous une autre image, la restauration a duré presque une année, mais regardez-donc comme elle est magnifique !

Cette icône est monumentalle, imposante, avec une énergy incroyable ! Elle est si laconique, complète, puissante ...

Parascève d'Épibata 

Dans le musée la plupart des icônes sont lyriques, calmes et celle-là, elle transperce !

Cependant beaucoup de collectionneurs préfrent l’état d'âme d’une autre icône, celle du saint prophète Élie de Thesbé avec les images de sa vie.

Élie de Thesbé  

Cette oeuvre est très lyrique, douce, de plus elle est en très bon état pour une oeuvre du XVIe siècle.

De point de vue de l’histoire et d’art c’est l’icône « la Vierge Hodigitria » (« qui montre le chemin ») qui a la plus grande valeur. Elle est venue chez nous d’une collection dont l’histoire est étrange.

« Vierge Hodigitria » de Simon Ouchakov  

Dans les années 80 au Saint-Petersbourg il y avait un collectionneur qui s’appelait Viktor Samsonov. Il est l'une des premières personnes qui s’adressaient au gouvernement en proposant de créer un musée : il était prêt à le sponsoriser mais demandait un local pour l’exposition. Samsonov n’a pas reçu la réponse car il est mort de malemort...

La meilleure partie de sa collection – c’est environ 400 objets – a été transférée à la ville de Khanty-Mansiïsk où on a créé un musée. Les autres icônes ont disparu et personne ne savait leur emplacement pendant presque 10 ans. Un jour, absolument par hasard, Mikaïl Abramov a parlé avec un prêtre et appris qu’il gardait environ cent icônes dans le vestibule de son église. C’était la partie disparue de la collection de Samsonov. Mickaïl Yourievitch a décidé de les acheter toutes malgré leur état lamentable : le vestibule était très humide et les oeuvres ont déjà commencé de moisir. C’est à dire il comprenait clairement qu’il achetait des icônes « malades » dont la restauration exige beaucoup du temps et d'efforts. Les oeuvres de moyenne qualité que vous pouvez voir dans notre musée c’est exactement ces icônes mais c’est notre hommage au collectionneur Samsonov. Quant à « la Vierge Hodigitria » elle restait chez sa veuve et personne ne savait qui est son auteur car la signature était sous la couche de peinture. En achetant cette icône nous ne pensions pas au nom de son auteur et quand nous avons trouvé la signature, c’était comme un coup de foudre dans un ciel serein : Simon Ouchakov ! le grand peintre iconographe du XVIIe siècle !

 

L’Eglise orthodoxe, comment elle regarde le musée ?

Nous sommes amis, nous faisons ensembles des expositions. Le musée offre aux églises certaines icônes – celles qui n’ont pas de valeur historique. Moscou, Musée d’icônes privé

Planifiez-vous peut-être d’élargir l’exposition avec les autres objets historiques du domain religieux ?

C’est une question... D’une part, on les vend beaucoup, d’autre part, il n’y a pas d’objets  vraiment intéressants et nous ne voudrions pas exposer des choses ordinaires. Ce que nous allons faire absolument c’est donner des cours. Pour le moment nous organisons des soirées de musique et de littérature. En outre notre bibliothèque va s'ouvrir bientôt. Nous avons plus de 10 milles livres sur l’iconographie russe, art byzantin, culture russe ancienne, les catalogues des expositions d’icônes russes à partir des années 80...

 

Est-ce pour des collectionneurs?

Pas du tout, c’est pour des chercheurs, c’est la publication d’oeuvres. C’est pour ça que nous travaillons – pour inscrire ces oeuvres dans l’histoire de l’art russe.

 

Merci à la direction du musée pour les photos. 

Partager cet article

Repost 0
Published by Plume de loin La Plume de loin - dans les Russes racontent
commenter cet article

commentaires

FANNY 02/04/2012 22:01

Les noms des 3 icones sont grecs !!!!!!!!!!!!!

ellerium 30/03/2012 17:37

très beau reportage, merci !

larhune64 28/03/2012 21:54

Un bel atelier , c'est même un musée de luxe

La Plume de loin 29/03/2012 02:00



  c'est vrai et c'est pas mal pour le premier pas )



La publicité que vous voyez à côté n'a aucun rapport avec mes textes. Son apparition provient de la nouvelle politique d'over-blog.

A propos du blog

Basil_de_Moscou_3.jpgDescription: je suis russe, j'habite Moscou et c'est ma ville qui est le personnage principal de mon blog. J'aimerais vous présenter un tel Moscou qui n'est pas officiel.
Contact