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13 décembre 2011 2 13 /12 /décembre /2011 14:14

Pour trouver la première partie: clic

Alors, en 1931, la maison-ville, symbole de la future vie heureuse dans le style soviétique, était prête à recevoir ses premiers habitants en leur proposant un confort incomparable et le voisinage élitaire de Gueorgui Joukov, Nikita Khrouchtchev, Mikhaïl Toukhatchevski, Valerian Kouïbychev, Alexeï Rykov, des enfants de Staline – sa fille Svetlana Allilouïeva et son fils Vassili Djougachvili – et les autres. 

Moscou: Maison du quaiPuis beaucoup de ces habitants ont été condamnés pour être fusillés ou exilés. L’accusation? – « Ennemi du peuple, traître à la Patrie, espion de l’Occident ». D’abord, en 1932, quand les répressions ont commencé, on n’arrêtait que des personnes importantes ; leurs familles restaient dans leurs habitations. Ensuite on a commencé à compacter les proches des « ennemis du peuple » en installant plusieurs familles dans un appartement et une famille ne pouvait avoir qu’une seule chambre.

On pouvait aussi déloger ces gens de la Maison, pour donner leurs places aux autres, à une nouvelle élite qui répétait l’histoire des habitants précédents : le jour les adultes allaient au travail et les enfants à l’école, la nuit toute la maison se calmait mais il n’y avait pas de tranquillité dans son silence. Les gens attendaient le bruit des « corbeaux noirs » comme on appelait les autos du NKVD. Les agents de cette police politique arrivaient pour arrêter quelqu’un à qui c'était le tour. Les habitants écoutaient des pas dans l’escalier et chacun espérait qu’ils ne se dirigeaient pas vers sa porte.  

Moscou: Maison du quai  En 1937, à l’apogée des répressions staliniennes, un ordre est apparu qui prescrivait d'arrêter aussi les femmes de personnes condamnées parce qu’elles n’avaient pas dénoncé leurs époux.

Leurs biens devaient être Moscou: Maison du quai confisqués, elles-mêmes devaient être expédiées aux camps. Beaucoup de ces femmes se sont trouvées au camp d’Akmola « pour les femmes des traîtres de la Patrie » dont l’abréviation russe fait le mot « l’Algérie » - quelle  mauvaise plaisanterie...


Pour les enfants des « traîtres à la Patrie » l'ordre prévoyait l’installation dans les colonies pénitentiaires ou dans les orphelinats à régime spécial selon leur âge.

Les tout petits se trouvaient aux orphelinats « normaux » mais sous des noms changés, peut-être par pitié: les employés des orphelinats donnaient à ces petits la chance de ne pas être un enfant de traîtres... Cela les aidait à survivre mais beaucoup de mères après être revenues de camps ne pouvaient pas trouver leurs enfants. Quand même il y a une histoire avec le « happy end » : un petit garçon étant installé dans un orphelinat, racontait toujours qu’il a été dans une école maternelle qui se trouvait au sommet d’une grande maison. Cela ne pouvait être que la Maison du quai. Grâce à ce fait la mère de ce garçon l’a retrouvé !

Moscou: Maison du quaiMais ce cas est extraordinaire. La statistique dit que sur 2 milles habitants de cette maison plus de 700 ont été condamnés ; plus de 300 d'entre eux ont été fusillés, les autres ont été detenus. Maintenant presque tous ces gens ont été réhabilités. Encore une fois : une seule maison, 2 milles d’habitants, 700 personnes condamnées, presque toutes réhabilitées. Une seule maison... 

La vie des habitants du paradis soviétique étais devenue la vie sous la peur Moscou: Maison du quai permanente et on peut imaginer les sentiments de son architecte dont l’appartement était aussi là! Boris Iofane, l’auteur de ce bâtiment, y a fait aussi une habitation pour lui et pour sa famille. 

Ses fenêtres donnent sur le quai de la Moskova et sur la nouvelle cathédrale du Christ-Sauveur dont l'original avait été démoli pour donner place au Palais des Soviets de l’Iofan. Peut-être l'architecte pensait regarder par les fenêtres sur la plus grandiose de ses constructions.

Le Palais n’a pas été réalisé à cause de la Deuxième guerre mondiale ; Iofan vécu dans la Maison du quai jusqu’à sa mort en 1976, il a vu tout ce qui est arrivé avec aux habitants de son oeuvre. On dit que les dernières années de sa vie l’architecte ne quittait presque pas son appartement. 

En 1989, les habitants de la maison ont organisé un petit musée pour garder la mémoire de son histoire, à l’initiative de la femme d’écrivant Iouri Trifonov, habitants de la Maison du quai. A propos : c’est dans le roman de Trifonov où le nom "la Maison du quai" est apparue pour la première fois.

Moscou: Maison du quai

Dans ces deux pièces il y a toujours des visiteurs dont la présence ne trouble pas le silence profond et lourd de ces meubles solides, ces photos en noir et blanc, ces choses ordinaires venues de l’époque stalinienne et ces livres consacrés à ses victimes.

 

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Published by Plume de loin La Plume de loin - dans l'histoire
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commentaires

Parisianne Musardises 02/01/2012 20:16

Bonsoir Plume,
Il y avait bien longtemps que je n'avais trouvé le temps de m'arrêter sur tes pages. Je viens de lire tes derniers articles, merci de nous faire découvrir ton pays, c'est un réel plaisir.
Je te souhaite une belle et heureuse année faite de la réalisation de tous tes souhaits.
Bien amicalement
Anne (Parisianne - Musardises)

La Plume de loin 03/01/2012 07:52



Bonjour chère Anne!


Ce matin j'ai été très contente de voir ton commentaire. Merci pour tes souhaits et bonne nouvel année pour toi, qu'elle soit heureuse et pleine de bons événements!



sps 19/12/2011 09:50

A ne jamais oublier les rafles faites "légalement" par la police française au service du 3° Reich, durant la 2° guerre mondiale (je pense au Vel d'iv)
Là aussi, c'était une histoire de psychologie, une histoire de soumission au chef.

eva48adorabto 17/12/2011 13:55

des époques difficiles à vivre pour toutes ces personnes
bisous

La Plume de loin 17/12/2011 21:52



c'est vrai...


bisous de Moscou!



gene 15/12/2011 22:32

je n'ai jamais compris comment des gens en France pouvaient encore être communiste quand on voit ce qui c'est passé . bisous

La Plume de loin 18/12/2011 08:40



je dis une chose étrange mais ce qui est arrivé ne provient pas de l'idée communiste; c'est plutôt la conséquence de la psychologie de gens...


bisous de Moscou!



FANNY 13/12/2011 23:31

Excellent article, merci chere amie lointaine :-))
FANNY.

La Plume de loin 18/12/2011 08:52



Merci et bonne journée!



La publicité que vous voyez à côté n'a aucun rapport avec mes textes. Son apparition provient de la nouvelle politique d'over-blog.

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