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15 avril 2011 5 15 /04 /avril /2011 11:26

Русскую версию можно прочитать здесь

 

Un jour, j’ai écrit que les Russes ne sont pas de grands connaisseurs en vin. J’avoue que ce n’est pas la vérité. Au moins ce n’est pas toute la vérité et j’aimerais vous montrer son autre côté.

Mais avant tout j’aimerais dire un grand merci à Christian qui m’a aidé beacoup avec la traduction.

 

Alors, on parle de bon vin russe et il me faut vous orienter. Voici la carte.  

Moscou-Anapa

À presque 1200 kilomètres au sud de Moscou au bord de la Mer Noire, il y a une ville qui s’appelle Anapa. Plus loin, dans les montagnes se cache le village Gaï-Kodzor et plus loin – ou plus haut, parce que nous parlons de montagnes – il y a un domaine viticole.

Je vous raconte tout cela parce que mon interlocuteur Denis est un de ceux grâce auxquels ce domaine existe.)))

 

Puis-je demander, quel est ton métier?

Si je ne me trompe pas, c'est “spécialiste du commerce” qui est écrit dans mon diplôme. Tu sais, en principe j’exerce cette profession car ce que nous faisons est un projet d'investissement, une affaire à partir de zéro. C’est au sens propre “à partir de zéro”: ce sont des champs abandonnés avec des herbes folles à hauteur d'homme qui sont devenus nos vignobles.

gai kodzor 01

le terroir avant les travaux

Et il a fallu nous adresser à toutes les instances, importer des plantes, apporter l’équipement et engager les spécialistes étrangers. Maintenant nous nous occupons de problèmes de débouchés (sic).

 

Mais pourquoi la viticulture? 

Avec mes deux associés principaux – à propos, à la différence de moi ils parlent très bien français, tous les deux – nous nous occupions de livraison de sucre. Mais un jour, alors que nous traversions Anapa, un de mes associés nous a dit qu’il avait un rêve: la viticulture. Nous lui avons dit tout de suite que ce n’était pas possible, que nous n’y comprenions rien. Et il nous a repondu: “Un de mes amis est Alain Dugas, administrateur et directeur du château de la Nerthe (Château-Neuf Du Pape)”. S’il n’y avait pas eu Alain, nous ne nous serions pas lances dans cette affaire.

 

Et Alain, pourquoi a-t-il décidé de vous aider? 

Peut-être, par intérêt professionnel comme un entraîneur qui veut faire un bon athlète. Ce n’est pas un consultant qui nous aide pour ses honoraires. Ce projet est sa vie autant que la notre, il est un fan de cette affaire. 

gai kodzor 10

"l'affaire" comme elle est maintenant

Il me semble, que pour réussir dans une telle affaire il faut avoir aussi des contacts dans l'administration de la région, non?

Pas du tout! Nous n'en avons absolument pas. Mais c'est vrai que si on nous disait aujourd’hui: “Vous avez fait les vignobles de Gaï-Kodzor, allez, faites maintenant “les vignobles de je-ne-sais-pas-quoi”, - nous dirions “Non!!!” Parce que tout ce que nous avons surmonté, toutes ces barrières, toutes ces questions qui existent dans la législation russe, tous cela est tout simplement insoulevable.

 

De quoi il s’agit, par exemple?

Par exemple, les cepages. Nous en avons 14 tandis qu’en Russie on n’en cultive que trois : Merlot, Pinot noir et Chardonnay.

 

C’est à dire que vous avez importé les autres?

Nous les avons tous importés, même le Merlot, de France, d’une très bonne pépinière. Mais  ceux qu’on ne cultive pas en Russie ne figurent pas dans le registre du ministère de l'Agriculture. Jadis le Mourvedre était vin de Gaï-Kodzoren Russie. Mais il est difficile d'en prendre soin, de plus il ne donne pas de grandes récoltes, et tu sais parfaitement comment on pensait à l’époque soviétique: "Il nous faut donner du vin à tous les gens de Kaliningrade jusqu’à Vladivistok, alors, à quoi nous sert ce Mourvedre? Hors du registre!" Bref, pour importer nos cépages je recevais la permission du ministère de l’Agriculture après... deux ans et pratiquement avec la signature du ministre.

 

Mais pourquoi vous avez décidé de cultiver un tel exotisme? Et pourquoi vous n’avez pas acheté les plantes en Russie?

Parce que les céps russes sont une merde! Sais-tu quel pourcentage de ceps acclimatés est considéré comme bon en Russie? 60 %!  Et au Gaï-Kodzor nous avons 97–98 %. Quand nous avons envoyé nos données au  ministère de l’Agriculture – nous sommes obligés le faire – on nous a écrit tout de suite: “Changez vos chiffres! Vous abîmez notre statistique! C’est pourquoi nous avons importé même les cépages qu’on cultive en Russie. À propos de “l’exotisme”: ce n’est pas un caprice. Les agronomes russes – comment pensent-ils? Comme ça: “À quoi bon planter dans les montagnes? Le travail est plus facile dans les plaines et les engins ne se cassent pas à cause de pierres. Alors, on  plante  en  plaine.  Et qu’est-ce qu’on plante? On plante le Cabernet parce que,  premièrement, il donne une bonne récolte et deuxièmement, mes amis me vendront des plantes de quatre sous”. Mais nous avons une autre approche. Nous avons engagé un agrobiologiste français au Gaï-Kodzor. Il a examiné le sol d’environ 20 terrains et nous a aidé à choisir les 8 les plus intéressants, cela fait 77 hectares du meilleur sol. Alain nous a dit que selon son compte rendu, notre terroir ressemble à ceux du sud de France: climat, sols, pluviosité etc. Il ne nous restait qu’a choisir les cepages convenant à nos terrains – voilà pourquoi cet vignobles de Gaï-Kodzor“assortiment”. De plus, le Cabernet est le plus populaire mais nous aimerions faire quelque chose de particulier. Peut-être, pour l’instant en Russie personne ne fait ce que nous faisons.

 

C’est à dire, vous n’avez pas de concurrents?

Nous n’avons pas le but de devenir le fournisseur du Kremlin. Nous aspirons à produire du bon vin. D’un autre côté  nous comprenons  que produire  un bon vin n'est pas suffisant  mais qu'il faut que les gens le goûtent. Voilà où est le grand problème.  

L’industrie viticole russe s’est discréditée et ce n’est pas un secret. Tout le monde sait que l'étiquette "vin de Russie" ne signifie pas que c'est un vin fait avec du raisin qui a poussé en Russie. Nos producteurs achètent des produits viticoles de très mauvaise qualité  – pour parler gentiment – et font des vins qui coûtent 80-150 roubles le litre (environ 2-4 euros) dans les magasins. Faut-il s'étonner de la mauvaise attitude envers les vins russes? Plusieurs fois après la dégustation à l'aveugle on nous disait: “Superbe vin!” – et puis, après avoir appris que c'est un vin russe, on commençait à le critiquer. Les sommeliers de quatre ou cinq restaurants ont refusé de déguster nos vins seulement parce qu’ils sont russes. Mais ceux qui les ont dégusté, ils les ont ajouté à leurs cartes des vins – et ce sont des restaurants très chers, luxueux.

 

Alors, donnez à chacun une bouteille!vin de Gaï-Kodzor

Attends, je vais te raconter une anecdote. Un personnage haut placé a goûté notre vin pendant quelque déjeuner officiel. Comme je sais, ce monsieur préfère le whisky mais notre vin lui a plu. Quelques jours après, cette personne l’a commandé dans un prestigieux restaurant de Moscou. Mais nos vins n’y étaient pas présentés. J’étais en ce moment-là à Anapa et je n’ai aucune idée où le sommelier de ce restaurant a trouvé le numéro de mon portable. Il m’a téléphoné et dit: “Bonjour, monsieur N nous a rendu visite et demandé votre vin. Je n’ai pas besoin de le déguster, dites-moi qui est votre distributeur à Moscou”. Voila comment ça arrive...  

Mais d’habitude c’est comme si nous traversions un mur. Si quelqu'un te parlair de l’apparition d’une voiture russe de bonne qualité, tu répondrais: “Je vous crois mais je choisirai une Mercedes”  – et c’est la même histoire avec le vin russe: il y a un cliché qui nous empêche beaucoup de trouver des clients, c’est un manque à gagner. Les restaurants y perdent aussi parce que les étrangers s’intéressent aux vins locaux. Mais on n'y peut rien, il faut attendre que cette "manette" dans les têtes se tourne...

 

Il vous faut, peut-être, chercher votre chance à l’étranger. Pensez-vous a l’exportation?

Nous y pensons! Nous avons déjà reçu les demandes du Canada et de l’Angleterre. Et c’est bizarre qu’ici, en Russie, surtout à Moscou on nous dit encore: “Peut-être...” À Anapa nous sommes familiers avec les restaurants locaux parce que la ville se trouve à 10 kilomètres de Gaï-Kodzor, là tout le monde nous connaît et quand nos vins sont apparus, on les a acheté tout de suite.

 

Vos vins, combien coûtent-ils aux restaurants d’Anape et de Moscou?

À Anape une bouteille coûte 900-1300 roubles (environ 23–33 euros) et c’est cher pour Anapa. À Moscou le prix est d’environ 1300-2500 roubles (33–63 euros). Il faut dire, que nous vendons nos vins 6 à 8 euros la bouteille et le reste c'est la marge du distributeur (c’est de 15 à 60 %) et du restaurant (200-300 %).

 

la suite: clic 

 

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Published by Plume de loin La Plume de loin - dans les Russes racontent
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commentaires

fermaton.over-blog.com (Clovis Simard,phD) 17/06/2011 12:55


Bonjour,

LA PRODUCTION MONDIALE DE VIN !: Voir mon Blog pour l' analyse mathématique (fermaton.over-blog.com) de
L'INCONNAISSANCE À BACCHUS-Page No-15

Mon Blog, présente le développement mathématique de la conscience c'est-à-dire la présentation de la théorie du Fermaton (La plus petite unité de la conscience humaine).

Cordialement

Clovis Simard


Dominique LAURENT 14/05/2011 21:14


Ce n'est pas une mauvaise idée que de faire du vin dans cette région. Par contre le prix est élevé (dans l'Allier, on produit un bon vin en petite quantité. Sa diffusion est locale et le prix ne
dépasse pas 4 à 5 €) et les distributeurs prennent une marge considérable !!! La seule solution : vendre du vin aux Chinois. C'est le projet qu'ont deux frères, viticulteurs à Saint-Pourçain, dont
je parle plus haut.
Il y a une dizaine d'années, un anglais est venu brasser de la bière dans un village près de chez moi. Il n'en produisait pas de grosses quantités au début et les vendait sur les marchés. On lui
reproche d'être cher par rapport à la bière industrielle, mais moi je la trouve excellente. J'ai fait goûter sa bière à des anglais. Ils étaient un peu âgés et ils m'ont dit : il y a longemps qu'on
ne trouve plus chez nous de la bière aussi bonne. Un second brasseur (français 100 % celui-là) s'est installé dans le département.


gene 20/04/2011 21:25


est ce qu'il serait possible d'en avoir des bouteilles, c'est pour offrir à une amie ? bisous


La Plume de loin 21/04/2011 15:10



je vai demander Denis, je pense qu'il est possible )


bisous



eric 19/04/2011 08:20


Salut Plume ....tres interessant cet article sur le vin ...en Crimée il y a du tres bon vin pourquoi pas dans le sud de la Russie ...a+...


La Plume de loin 20/04/2011 07:09



Privet Eric! Merci ))



Le Chevalier Dauphinois 17/04/2011 07:28


Voila un nom de vin que je ne connaissais pas. J'ai récemment découvert les vins Australiens qui peuvent rivaliser avec quelques régions Françaises.
Le paysage qui entoure les vignobles est magnifique, j'adore la montagne.


La Plume de loin 20/04/2011 07:23



Ce nom, il n'est pas encore connu, il vient d'apparaître! Je n'ai pas goûté ce vin car pour le moment il presque n'est pas présenté dans les magasins mais j'admire le courage de ces gens ))



La publicité que vous voyez à côté n'a aucun rapport avec mes textes. Son apparition provient de la nouvelle politique d'over-blog.

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Basil_de_Moscou_3.jpgDescription: je suis russe, j'habite Moscou et c'est ma ville qui est le personnage principal de mon blog. J'aimerais vous présenter un tel Moscou qui n'est pas officiel.
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