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27 décembre 2010 1 27 /12 /décembre /2010 12:01

Avant de publier la suite de l’interview consacrée à l’appartement de Boulgakov j’aimerais expliquer un mot. C’est le mot “kommounalka” ou l’appartement communautaire – un des termes clés de la vie quotidienne du début de l’époque soviétique.

 

Après la révolution de 1917 les bolcheviks ont exproprié les biens immeubles de gens riches et installé les gens pauvres dans les chambres des grands appartements. Les cuisines, les vestibules et les toilettes dans ces appartements étaient communs. C’est a dire tous les habitants utilisaient ces locaux. Boulgakov maison 18 2

Cuisine communale dans l'appartement où habitait Boulgakov.
Cette chaise tout près du plafond n'est qu'une installation, une image de la vie communautaire.
Mais cette image est très claire à mon avie.

 

Ce voisinage n’était pas volontaire: les pouvoirs publics décidaient où l’une ou l’autre famille (ou l’une ou l’autre personne) pouvait s’installer. Chaque personne recevait la surface conformément à la norme établie. Par exemple, pendant les années 20 cette norme était dans la limite de 8 mètres carrés pour une personne mais en fait elle faisait environ 4 mètres carrés. S’il y avait dépassement on installait de nouveaux habitants même s'ils n'étaient pas membre de la même famille. Dans certains cas on mettait une cloison supplémentaire dans une pièce mais ce n'était pas obligatoire. Les plus "heureuses" personnes recevaient leurs surface locative dans les chambres qui communiquaient avec les autres et tous les habitants traversaient sans cesse ces chambres pour se rendre dans leurs pièces.

Sans doute le plus grand malheur d’un appartement communautaire soviétique était dans le mélange des représentants des couches sociales. C’est exactement la situation de Boulgakov: outre lui et sa femme il y avait 6 familles dans l’appartement dont je parle. Parmi ces gens il y avait par exemple Anna Goryatcheva qui avait comme surnom "la Peste". C'était une mauvaise tête et une casseuse d’assiettes (au sens propre), qui se battait toujours avec son fils. 

Boulgakov maison 20 2

Anna Goryatcheva

 

Ses réconciliations étaient aussi bruyantes que ses querelles et tout cela se terminait avec de la vodka ou plutôt avec du samogon (l’eau de vie maison). Anna est devenue l’archétype de quelques femmes acariâtres des récits de Boulgakov.

Une autre voisine de l’écrivain ne faisait pas de bruit, mais ses visiteurs en produisaient beaucoup. C’est parce que c'était une fille de joie et ses clients, en confondant des portes, souvent frappaient à la porte de Boulgakov en pleine nuit. Etc, etc, etc: grâce aux voisins prolétaires la vie de Boulgakov était pareille à l’enfer.

Boulgakov maison 19

Ce buffet se trouve aussi dans le Boulgakov musée,

parmi des artefacts de l'exposition consacrée à la cuisine communautaire.

 

Mais il faut dire que tous les appartements communautaires n'étaient pas comme celui-ci. Les voisins pouvaient cohabiter sans heurts.

Pour terminer ce sujet: au milieu des années 1950 le gouvernement a initié une nouvelle politique du logement pour reloger les gens dans des logements individuels (je ne sais pas si je peux mettre le mot “individuel” dans ce cas-là, peut-être il faut écrire “isolé”?). Mais les appartements communautaires existent jusqu'à présent comme je sais.

 

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Published by Plume de loin La Plume de loin - dans l'histoire
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commentaires

Sandrine 18/01/2011 14:05


Oui, tout à fait, tout dépend des voisins !...Dans tous les cas. Et il faut faire un effort pour bien s'entendre avec tous les voisins...


Sandrine 13/01/2011 15:40


Il y a un très bon livre de Paola Messana sur ce sujet.
Elle dit que dans certains cas c'était l'enfer - obligation de faire la queue aux WC avec son propre siège sous le bras, obligation de dévisser sa propre ampoule électrique de la cuisine à chaque
fois qu'on utilisait la cuisine, ivrognes traversant les pièces, ou mouchards espionnant tout, et puis vengeance d'une colocataire qui croit qu'on lui vole ses plats et qui met un laxatif dans une
compote...! - Mais dans certains cas c'était le paradis, les gens formaient une grande famille, un musicien donnait des cours à tous les enfants, etc etc.
Quand j'ai habité Moscou dans les années 1994, j'ai connu un prof qui vivait dans un appartement communautaire mais pour elle ce n'était pas le paradis du tout.


La Plume de loin 14/01/2011 18:03



C'est ça: tout dépend des voisins... même si chacun de nous a son propre appartement  )))



Americano 30/12/2010 12:15


Je pense qu'au debut, cela etait sans doute une reponse au manque de logements mais je ne comprends pas pourquoi l'on ne s'est pas oriente vers d'autres types de constructions plus tot. Sans doute
etait-ce parce qu'on avait mis tout l'argent dans l'appareil de production industriel ?
Ces pages d'histoire sont tres interessantes mais nous devons etre prudents sur nos jugements.


La Plume de loin 01/01/2011 10:29



On s'est oriente d'abord vers la guerre civile, puis vers le problème du faim. Il y avait beaucoup de questions à résoudre, je suppose. En outre on avait le but de liquider des états et d'établir
une égalité entre tous les gens: on ne peut pas parler de la différence quand tout le monde utilise le même bain, n'est-ce pas?
Les kommounalkas étaient le moyen contre le manque de logement mais c'était aussi l'idée de l'égalité réduite à l'absurde.



virjaja 28/12/2010 12:07


ça ne devait pas etre très agréable, mais au moins, ils était logés! gros bisous et bonne fin d'année. cathy


La Plume de loin 01/01/2011 09:51



Merci Cathy!


Je te souhaite aussi une très bonne nouvelle année!



Anne Antomarchi 28/12/2010 00:40


Bonsoir ma chère Élena comment vas tu? pour les appartements tu pourrais dire des appartements privés. (qu'ils soient locataires ou propriétaires) je te souhaite une bonne et heureuse année. À
bientôt, Anne


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