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10 septembre 2009 4 10 /09 /septembre /2009 07:15

Alors, commençons notre audio-expérience?

Pour aujourd’hui je voudrais vous lire deux traductions de la poésie de Jacques Prévert faites par Mikaïl Yasnov.

Mais d’abord je vous propose un petit morceau d’interview de Mikaïl Yasnov où il parle un peu de la différence principale entre les deux écoles de la traduction: entre l'école russe et l'école français. Elle a été faite par une de mes amies, Élena Kalashnikova, dont le livre sur les traducteurs russes est une œuvre unique et très intéressante. Grâce à Élena j’ai ce fragment duquel je vous ai dit et je le vous propose avec plaisir. 

 

"Élena Kalashnikova: Le traducteur, quel volume de la liberté peut-il se permettre en faisant une traduction [littéraire], comment pensez-vous? 

Mikaïl Yasnov: La réponse sur cette question peut être dans la formule connue "la traduction est l’art de pertes”. À mon avis, chacun de traducteurs résout ce problème principal à sa manière: puisqu'il est impossible de transmettre tout les spécificités d’original, il faut décider, de quoi peut-on sacrifier et pour quoi. [...] En principe on peut sacrifier de n'importe quoi, de n'importe quelles particularités de l'original, pour obtenir un but concret. Supposons que nous suivons l’école traditionnelle française de la traduction - en ce cas nous traduirons pas "en rime" et "en mètre", en perdant toute la structure formelle d’une poésie.

Élena Kalashnikova: C’est à dire en traduisant en prose.

Mikaïl Yasnov: Oui, en France la vision enracinée est celle qui détermine la traduction littéraire comme une forme de la traduction littérale, parfois rythmée, souvent absolument amenée jusqu’à la prose. Ça donne une exactitude de la traduction de pensée et de description des images. Mais d'autre part, pour nous [pour les Russes] ça fait la disparition de la chose principale – la disparition de la poésie [...] Je sais quelles batailles se sont déchaînées aux année 80 (et elles ne se sont pas terminées jusqu’au nos jours) quand grâce aux efforts énormes d’Éfime Aitkinde, qui a émigré à Paris, on a publié les anthologies de la poésie russe et les livres de poètes séparés qui ont été traduits en français en accord avec l’école russe de la traduction, c’est à dire ils étaient rimés et avaient la même quantité des lignes que les originaux russes. Les critiques français n'ont pas pu se réconcilier avec telle vue de la traduction littéraire, les centaines de pages sont déjà écrites sur ce sujet et les disciples les plus marquants d’Aitkinde (par exemple, un traducteur éminent André Markowicz) subissent les attaques critiques très fortes jusqu’aux nos jours.

[...]

Élena Kalashnikova: Et les jeunes traducteurs de la poésie française – existent-ils maintenant en Russie?

[...]

Mikaïl Yasnov: Malheureusement, il n’y a pas beaucoup de jeunes qui traduisent la poésie, la plupart d'eux traduit la prose. [...] Mais je ne pense pas que la traduction de la prose est plus simple que celle de la poésie, plutôt elle est plus difficile. Mais pour traduire la poésie vous devez avoir le talent poétique inné et pas beaucoup de gens ont ce talent.

Élena Kalashnikova: Alors, pourquoi la traduction de la prose est plus difficile?

Mikaïl Yasnov: Il me semble, que si vous traduisez la prose vous êtes obligés de comprendre et de transmettre l’intonation unique de l’auteur, et c’est difficile. La poésie, surtout la poésie classique est plus simple, elle a déjà l'ossature. Mais moi, je dis tout cela comme un traducteur de la poésie. Peut-être ceux-ci qui traduisent la prose, ils pensent qu’il est plus difficile de traduire la poésie. En effet, chaque traduction est difficile". 

La version complète de cette interview est accessible en russe dans le site du "Magazine russe" (“Rousskiy journal”).

 

Et voici les traductions. Je ne suis pas une actrice professionnelle mais j’ai fait tous mes efforts.

 

On frappe

La traduction de Mikaïl Yasnov:

 

 

Text original:

Qui est là

Personne

C'est simplement mon coeur qui bat

Qui bat très fort

A cause de toi

Mais dehors

La petite main de bronze sur la porte de bois

Ne bouge pas

Ne remue pas

Ne remue pas seulement le petit bout du doigt.

 

Tant de forêts

La traduction de Mikaïl Yasnov:

 


Text original:

Tant de forêts arrachées à la Terre

et massacrées

achevées

rotativées

 

Tant de forêts sacrifiées pour la pâte à papier des milliards de journaux attirant annuellement l'attention des lecteurs sur les dangers du déboisement des bois et des forêts.

 

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Published by Plume de loin La Plume de loin - dans poètes français en russe
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commentaires

fred 06/02/2011 08:21


punaise j'ai du boulot si je veux m'y remettre ! lol ! Cet article est très intéressant, comme les autres, merci


Emmanuelle Caminade 05/01/2011 10:58


Bonjour,

Merci pour cet intéressant article et pour avoir dit ces poèmes en russe.
Je n'avais pu goûter jusqu'alors cette langue magnifique que par le biais des opéras russes.
Je reviendrai souvent visiter votre blog et je vous mets en lien sur le mien.


e comprends pas cette langue dont je ne p


La Plume de loin 07/01/2011 08:47



Merci de la visite et du commentaire! Et si vous avez des questions sur mon pays et sur ma langue maternelle vous pouvez m'interroger sans hésiter.



Christian Lassalas 10/03/2010 12:26


Questions sur la Russie qui concernant Isnaïa Poliana .
Ou faut-il prendre le train de Moscou pour aller à Toula ?
Combien de temps ? Peut-on loger à Toula facilement 1 nuit 2 nuits?
Moscou : peut-on avoir des photos de la Rue Preschistenka,11 et de la Rue Tolstoï,21 .

Pour la poésie est ce que vous pouvez faire un audio en russe avec "Eugène Oneguine" stophe XXXVI (Arrivée de Tatiana à Moscou) et strophe LII ( Nuits de Moscou)? Merci


La Plume de loin 10/03/2010 15:11


Merci pour les questions. Je regrette, je ne peux pas répondre tout de suite à propos de Toula. Mais je consulterai l'Internet russe et j'essayerai vous aider.
Quant à la Rue Preschistenka, 11 et la Rue Tolstoï, 21 voici les photos du site du musée de Tolstoi:
Rue Pretchistenka, 11: http://tolstoymuseum.ru/museum/index.html
Rue Tolstoï, 21: http://tolstoymuseum.ru/museum/hamovniki.html
et l'excursion virtuelle dans la maison de Tolstoï (rue Tolstoï, 24): http://tolstoymuseum.ru/museum/home.html


Acanthe 10/10/2009 08:15


Bonjour Plume,

Mon père était traducteur et ma mère a aussi traduit (tant de la prose que de la poésie). De nombreuses traductions de poèmes en français m'énervent parce qu'en effet la poésie est perdue.
Cependant je connais aussi l'inverse, des traducteurs qui pour conserver des rimes s'éloignent du sens originel. Je suis allemande, je le constate donc surtout pour les poètes germanophones.
J'ai essayé une fois de traduire une poésie (la Lorelei de Heine) et j'ai mis une journée entière. Je suis satisfaite du résultat parce que j'ai conservé tant le sens, que les rimes et le rythme.
Je crois qu'il est bien plus dur de traduire de la poésie que de la prose. il faut réussir à transposer une structure particulière, dans la structure particulière d'une autre langue.
Je fait en ce moment un stage comme traductrice au Festival du Film Francophone de Tübingen-Stuttgart, je reconnais qu'il est dur parfois de traduire parce qu'on a pas compris tout à fait le sens
du texte et aussi que ce n'est pas de la Littérature, néanmoins je trouve cela plus facile que de traduire de la poésie.
Mais quoiqu'on en dise, les Italiens ont raison : traduttore traditore (le traducteur est un traître).

J'apprécie la poésie russe, en terminale nous étudiez quelques poèmes de Danil Kharms. Jaime aussi Pouchkine mais je n'ai lu que très peu dans l'original (ce qui est dommage parce que c'est en
russe qu'il sonne le mieux).

Acanthe


La Plume de loin 20/10/2009 07:10


Bonjour Acanthe! Je parle un peu allemand et pour moi la Lorelei de Heine était aussi la première tentative de la traduction poétique :) C'est vraiment le travail pour un joaillier. Mais la prose
exige aussi beaucoup d'attention: elle aussi a son rythme et sa structure qui est plus flexible et moins visible mais qui existe.
Comment a passé ton stage au Festival du Film? Si tu veux je peux t'écrire plusieurs liens au textes russes en ligne.

Bonne journée!


alouette 01/10/2009 21:48


bonsoir Plume,
ça y est, j'ai enfin écouté ! Le son est un peu faible sur mon petit ordinateur mais quel plaisir d'entendre parler russe par quelqu'un d'autre qu'un-e membre de ma famille.
Et ces poèmes de Prévert sont des petites merveilles.
J'ai lu récemment "les Lettres de mon moulin" et j'ai adoré ! Ces petits textes sont des bijoux et je rêve d'écrire aussi bien. Ce serait sympa d'en entendre un en russe, je ne sais pas lequel (pas
"la chèvre de M. Seguin" ! trop vue et revue à l'école)


La Plume de loin 03/10/2009 06:20


Pour moi c’était étonnant de lire ces traductions qui ressemblent à leurs originaux et en même temps n'eux ressemblent pas. C’est comme si tu regardes la photo d’une famille dont les membres sont
ressemblants mais ils sont aussi les gens différents.
J'ai mis "les Lettres..." dans la liste avec plaisir :)
Bonne journée!


La publicité que vous voyez à côté n'a aucun rapport avec mes textes. Son apparition provient de la nouvelle politique d'over-blog.

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Basil_de_Moscou_3.jpgDescription: je suis russe, j'habite Moscou et c'est ma ville qui est le personnage principal de mon blog. J'aimerais vous présenter un tel Moscou qui n'est pas officiel.
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