Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
2 août 2019 5 02 /08 /août /2019 12:25

En cas où vous ne le savez pas : la réalité d'un pays ne se traduit pas par les chiffres industriels ou militaires. Ce sont les mouvements sociaux-culturels qui la construisent, l'avancent et sans lesquels on a une vision incompète de l'histoire.
Pour appuyer cette théorie sur les faits réels : voici un livre qui peut élargir votre idée sur l'histoire russe. Il s’appelle « Sous-culture. Sur les furieux et dissemblables. L’histoire de l’opposition de la jeunesse en Russie. » (Субкультура. О яростных и непохожих. История сопротивления российской молодежи. 1815-2018)

Réalité augmentée de l’histoire russe

L'ouvrage existe en anglais et cette version a été la seule jusqu’à cette semaine où la traduction russe a été présentée au public. Pourtant cela ne veut pas dire que l’auteur est anglais.

Artemy Troïtsky est russe et si vous étiez ses compatriotes vous comprendriez tout de suite que c’est quelqu’un des plus compétente sur le sujet. Il est le premier critique musical du rock russe, son connaisseur et partisan aguerri : dans les années 70 et 80, il organisait les concerts illégaux des rockers dont les participants du groupe Aquarium et  Machina Vremeni etc.

Plus tard il écrivait des ouvrages historiques sur le rock en URSS et donnait des conférences sur le même thème en Grande Bretagne et aux Etats Unis.Bref, il est plus qu’au courant en ce qui concerne « les dissemblables » - ainsi que « les furieux »! A l’âge de 13 ans il a été exclu des pionniers pour sa réaction « antisoviétique » à l’intervention de l’URSS en Tchéquie en 1968. « J’ai été naïf, racontait-t-il au cours de la présentation du livre. Je disais aux copains : gars, il n’y avait pas de contr-révolution là-bas, il y avait des réformes, du socialisme au visage humain. Bien sûr, quelqu’un a dénoncé et j’ai été exclus car j’ai refusé à me repentir. Heureusement, j’ai eu 13 ans. Si j’avais été étudiant j'aurais été 100 % exclu de l’université et si j’avais été plus âgée j'aurais pu me retrouver dans une maison d'aliénés. » 

 

au cours de la présentation du livre
au cours de la présentation du livre

au cours de la présentation du livre

Avec le temps, Troïtsky n'a pas changé son comportement envers le pouvoir officiel et envers le rock russe non plus. Il continue à observer la vie sans perdre l’originalité des jugements. Par exemple, il suppose un rapport entre les sous-cultures des siècles différents et considère le chanteur rock Victor Tsoi pour un héritier des dandys russes du XIXè y compris du poéte Alexander Pouchkine (probablement, il faut être Russe pour apprécier cette idée paradoxale). 
De plus, grâce à son livre, Troïtsky cherche à remplir quelques pages blanches de l'histoire russe. Par exemple il décrit les mouvements antistaliniens formés par les écoliers et les étudiants à la fin des années 40 - un thème presque inconnu en Russie contemporaine. « Tous ont été écrasés : 25 ans du camp pour les mineurs, l'exécution par fusillade pour les majeurs. Mais après la mort de Staline ils ont été amnistiés. Pourquoi personne ne décrit leur histoire ? Je pense car c'est non-rentable pour les gauches aussi que pour les droits. Pour les droits parce que tous ces mouvements étaient communistes et pas démocratiques, libéraux. Pour les gauches – parce que les communistes contemporains russes sont staliniens et le destin de ces jeunes leur est inconvenant. »

Réalité augmentée de l’histoire russe

La caste des stilyaguis des années 50 – les enfants des personnes privilégiées, puis les « hérétiques » et les « païens » des années 60 - les dissidents et les hippies, les punks et les metalleux – page à page l’auteur explore le parcours de la jeunesse en Russie.
 

« Grâce à la radio et au marché noir, la musique était la première source d’information. La deuxième c’était la presse soviétique qui écrivait souvent sur les hippies, puis sur les punks mais de deux façons - sucrée et aigre. Sucrée : « Voici la jeunesse américaine qui proteste contre le capitalisme, contre la guerre au Viêt-nam etc. » Aigre : « Ils sont chevelus, s’habillent en loque, écoutent une musiques de singes et font des orgies sexuelles bref un cauchemar complet. » Notre jeunesse prenait les deux types d’articles pour un guide pour l'action, c’est à dire le pacifisme d’une part, les orgies d’autre part et Jimi Hendrix au-dessus de tout ça. Mais Ken Kesey et Timothy Leary ont été complètement inconnus à l’époque. Le thème des drogues n’existait presque pas jusqu’à la Guerre d'Afghanistan.» - commentait Troïtsky pendant la présentation du livre. Et rajoutait : « The Beatles ont fait plus pour la fin du communisme en Russie que les dissidents. Les dissidents avec leur petit magazine manuscrit n’influençaient pas beaucoup la vie tandis que les millions de beatlemanes, de hippies et de punks ont suscité une méfiance totale envers l’idéologie soviétique parmi les jeunes Russes.»

image du site web de l'éditeur, www.thewhitelabel.ru

image du site web de l'éditeur, www.thewhitelabel.ru

Quant à nos jours, il voit beaucoup de sous-cultures dont aucune ne trouve importante, mais il semble que certaines personnalités l'ont impressionné. Peut-être nous sommes au début d'une histoire ?

En tant que postface :

Un visiteur au cours de la présentation du livre :

- Qu’est-ce qui arrive avec les participants des sous-cultures – où sont les vieux punks, les vieux antisoviétiques ?

- Les grandes villes sont pleines des vieux hippies, vieux punks, vieux metalleux etc. Par exemple : je suis à la fois ex-hippie, ex-punk et ex-antisoviétique bien sûr. Je peux dire que ces gens ont une nostalgie de leur jeunesse, réécoutent leurs disques, se communiquent dans les réseaux sociaux, ils respectent ce qu’ils ont été. Pourtant un vieux punk n’est pas un jeune punk, même moi, je ne représente maintenant aucune autre sous-culture que celle d’un homme âgée pour lequel les valeurs essentielles sont celles de la famille et pas celles de la contre-culture.

Partager cet article

Repost0

commentaires

G
la musique se fiche des frontières et elle traverse les temps aussi . Je suis d'accord avec sa conclusion .
Répondre
L
Ce que j'aime c'est l'idée de faire un tel livre :) Quant au contenu, je ne l'ai pas encore lu ... Pourtant je suppose que le paradoxe sur The Beatles - juste ou pas - n'est pas la seule conclusion originale de l'auteur donc cela mérite d'être lu.
A
Article passionnant ou l'on voit que l'histoire de l'epoque sovietique est encore a completer.
Merci
Répondre
L
Et non seulement de l'époque soviétique : l'auteur a commencé par le XIXe :)
Merci à toi !

La publicité que vous voyez à côté n'a aucun rapport avec mes textes. Son apparition provient de la nouvelle politique d'over-blog.

A propos du blog

Basil_de_Moscou_3.jpgDescription: je suis russe, j'habite Moscou et c'est ma ville qui est le personnage principal de mon blog. J'aimerais vous présenter un tel Moscou qui n'est pas officiel.
Contact