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13 mars 2016 7 13 /03 /mars /2016 13:50

« C’est en 1917, après la révolution, qu’en Russie les femmes ont obtenu les mêmes droits que les hommes ... Est-ce pour ça qu’on a choisi l’Octobre Rouge pour un des endroits du festival féministe ? Où c’est parce qu’il s’agit d’une ancienne usine de confiserie ?» - réfléchissais-je en errant parmi les bâtiments en briques rouges.

Moscou, l'ensemble de l'ancienne usine « L'Octobre Rouge »
Moscou, l'ensemble de l'ancienne usine « L'Octobre Rouge »

Moscou, l'ensemble de l'ancienne usine « L'Octobre Rouge »

Après le déménagement de la fabrique en 2007, ces locaux sont devenus un « pôle de créativité », ayant accueilli des bureaux architectures, des agences touristiques et publicitaires, l'Institut pour les médias, l'architecture et le design et le Centre Panrusse d'étude de l'opinion publique. Bref, il y en a assez de création, y compris en ce qui concerne la disposition des résidents. C’est pourquoi j’ai passé quelques minutes à essayer de m’orienter.

Enfin, j’ai remarqué deux filles portant une feuille de placage, les ai suivies d’abord vers une entrée, puis jusqu’au deuxième étage et ...

... j’ai vu trois monsieurs qui bavardaient au seuil de la porte.

« Le free market féministe est ici ? » - « Oui, entrez s’il vous plait. »

J’ai fait quelques pas peu assurés.

Il faut dire quelques mots sur l’événement et avant tout nommer son titre - « Le festival féministe horizontal ouvert ». J’ai trouvé son annonce sur Facebook et elle m’a étonnée par le nombre de terrains entraînés : l’École des hautes études en sciences économiques, le Centre d’Avant-garde, quelques bibliothèques et centres d’expositions à Moscou. C’est vraiment très horizontal au sens de la géographie moscovite !

Quant au contenu, du 4 au 10 mars il a été prévu plusieurs conférences, du « Roman féminin révolutionnaire » et « L’histoire du 8 mars » à la « Légitimation de la maternité de substitution commerciale en Russie », aux débats « Le genre et l’espace ». On promettait aussi un concert, le 3e microphone ouvert féministe et une foire de bienfaisance. J’ai franchi le seuil de cette dernière en attendant à voir les dames sérieuses et habillées en noir. Elles ont été là-bas !

Moscou : l’horizontal féministe
Moscou : l’horizontal féministe
Moscou : l’horizontal féministe

Ce marché libre a pour son but l’echange : on y pouvait prendre gratuitement les choses ou apporter les siennes pour s’en débarrasser. De plus, pour ceux celles qui voulaient dépenser leur argent il y avait des marchandises à acheter. Par exemple les amatrices pouvaient se procurer un maillot avec le slogan « Déchiquete le patriarcat !» ou une robe de la collection « La phisiologie de la femme » avec une broderie correspondante... Les offres moins extrèmes : la peinture, les cartes postales, les bijoux ou, enfin, les gâteaux. On vendait tout ça au profit de l’institution indépendante « Les soeurs » - un des premiers centres d'aide aux victimes de violence sexuelle en Russie postsoviétique. 

La carte postale : « Le 8 mars – jour de la lutte et pas des clameaus d'esprit »

Les brochures du centre « Soeurs » : « La lutte contre la vente d’enfants et l’exploitation sexuelle d’enfants » et «  L’aide aux victimes de violence sexuelle : conception, expérience, recherches »

Pourtant, d’où ai-je pris l’image marginale des féministes ? En regardant certaines dames venant au marché j’ai compris qu’elles pourraient se poser la même question. La réponse se trouve peut-être dans l’époque soviétique.

Moscou : l’horizontal féministe
Moscou : l’horizontal féministe
Moscou : l’horizontal féministe

Projet « Le lien » («Связь») dont le but est de transformer les souvenirs aigus en objets mous. Les participantes prenaent leurs choses devenant inutiles, les coupaient en bandes et tricotaient les poufs en méditant sur leur vie et sur leurs émotions. Les photos des résultats ont été présentées dans le cadre de l’événement accompagnées des histoires écrites par les auteures.

 

Le début du mouvement féministe en Russie réside peut-être dans les années 50 du XIXe où, au cours de la guerre de Crimée, les femmes ont exigé et obtenu le droit d’être sœurs de charité. Autrefois la société russe ne pouvait pas s'imaginer une fille ou une dame à l’hôpital de campagne, près du lit d'un soldat blessé. Le droit à aider n’est pas fixé dans la loi, je pense, mais les femmes russes devaient le conquérir tandit que, par exemple, la possession de la propriété privée était juridiquement à elles. Elles pouvaient posséder le bien mobilier et immobilier, elles pouvaient hériter de leur père ou de leur mari. Ainsi les dames russes du XIXe ont été relativement libres économiquement. Pourtant l’opinion public obligeait la femme de se soumettre à l'hommes - au père, puis au mari, d'où les mariages involontaires, le divorce presque impossible, les règles strictes de la vie même dans ses aspects privés etc. Néanmoin il me semble que ces féministes russes cherchaient plutôt d'être avec les hommes que comme les hommes.

« Ecoute ! » – une peinture du projet « EchoRenardes » présentée au marché par Mme Nébulosité Variable (Переменная Облачность).

C'est peut-être parce qu'à l'époque la majorité de Russes ont eu les droits civils réduits, les femmes ainsi que les hommes, cela dépendait de leur couche sociale. Comme presque tous les mouvements socio-politiques en Russie, les feministes s’occupaient d’abord de l’éducation (des femmes) et de la bienfaisance. Elles les comprenaient comme la base pour la résolution des questions politiques. Ainsi il semble que les révolutionnaires du début de XXe devraient tenir les féministes pour les frères soeurs d'armes mais ... Les bolcheviks, après avoir déclaré l'égalité juridique de tous les citoyens, ont mis le mouvement féministe hors la loi. Cela a été logique : ils promouvaient une autre image idéale de la femme – une mère aimante, bonne ménagère et en même temps une employée zélée comme un homme. Les autres versions ont été marginalisées. Que faire, même les révolutionnaires sont patriarcaux quand ils ont besoin d’une femme de ménage ...

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Published by Plume de loin La Plume de loin - dans vie quotidienne l'histoire le printemps à Moscou
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commentaires

Americano 13/03/2016 18:02

J'ai lu cet article avec grand plaisir car il nous fait decouvrir une dimension de la vie et de l'histoire de la Russie.

La publicité que vous voyez à côté n'a aucun rapport avec mes textes. Son apparition provient de la nouvelle politique d'over-blog.

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Basil_de_Moscou_3.jpgDescription: je suis russe, j'habite Moscou et c'est ma ville qui est le personnage principal de mon blog. J'aimerais vous présenter un tel Moscou qui n'est pas officiel.
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