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19 novembre 2015 4 19 /11 /novembre /2015 11:24

pour trouver la première partie : clic

 

Pourquoi vous êtes devenu artiste de cirque ?

En 1964, alors que j’étais déjà triple champion d’URSS, on m’a fait entrer dans l'armée à la place d'un autre patineur. Lui et moi sommes nés jour pour jour mais il venait de devenir partenaire sportif d’une grande patineuse. Voilà, on m’a envoyé à l'armée pour qu'il puisse rester et s'entraîner. Cela ne serait pas grave si ce n’était pas en automne 1964, car en février 1965 il y avait les épreuves d'Europe à Moscou. Si j'y participais, j’aurais le bronze presque 100 %. Mais jusqu’au 31 décembre 1964, j’ai été à l'armée. Ayant recommencé mes entraînements je travaillais même la nuit ! J’ai été en bonne forme mais le conseil des entraîneurs ne m'a pas autorisé au championnat car parmi les membres il y avait une dame dont je vainquais toujours les élèves. Pendant le conseil elle a dit : « Comment peut-on envoyer Meshkov, il ne s'est pas entraîné !» Celui qui a participé à ma place n’a rien gagné ... Pourtant on m’a commencé à dir : « Tu as 25, laisse passer les jeunes !» etc. Du coup, Tatiana Saz, notre professeur de chorégraphie, a organisé « Le cirque sur glace ». On supposait à créer un programme qui serait présenté dans la majorité de villes du pays et à l'étranger. J’ai passé le concours et ai été admis ...

Le premier numéro que Valery a réalisé : son " chaman " sautait  à travers le feu - en étant sur les patins bien sûr

Le premier numéro que Valery a réalisé : son " chaman " sautait à travers le feu - en étant sur les patins bien sûr

En tant que directeur artistique ?

En tant que simple artiste. Pendant deux ans nous apprenions l’acrobatie, l’équilibrisme etc. Puis j’ai créé un numéro aérien : après patinage artistique sur l’arène, je montais vers la coupole avec un trapèze et - hop ! - j'avais la tête en bas en m'accrochant au trapèze par les pieds. Quand il s'abaissait, je le quittais, faisais un salto et terminais le numéro.

Une vie sur la glace. Partie II

Puis j'exécutais quelques numéros avec ma femme - nous les avions présentés au Japon avec beaucoup de succès. A propos ! Peu avant le départ à la tournée, il s’est trouvé que le passeport pour l'étranger de ma femme a été « oublié » à Moscou pour envoyer une autre artiste. Nous l'avons appris à Vladivostok, un jour avant le départ ! On nous a transmis le passeport par avion mais l'a livré à Khabarovsk car il n’y avait pas de vols à Vladivostok. J’ai couru à l’aéroport de Vladivostok et j’y ai trouvé un avion de chasse en train d’aller à Khabarovsk pour le commandant de la région militaire. J’ai supplié les pilotes de me prendre à bord et environ 20 minutes plus tard, je tenais le passeport. Il m’a resté un rien : revenir. Bien sûr, il n’y avait plus de vols de Khabarovsk à Vladivostok et j’ai couru vers « mon » avion de chasse. Il y avait déjà le commandant. Je me suis jeté contre ses gardiens en criant : « Ecoutez-moi s’il vous plait !» Il m’a écouté et m’a aidé ...

 

Et comment vous êtes devenus directeur du cirque ?

C’est parce que dans les années 80, le gouvernement a autorisé les cirques à élire leurs chefs. J’ai proposé ma candidature et j’ai obtenu la majorité des voix. Voilà où j’ai commencé à travailler ! On a eu la situation où une artiste exécutait 6 numéros et une autre ne faisait qu'apporter une charrette. Bref, je devais congédier une bonne moitié d’artistes ... En revanche, on a fait un magnifique programme avec ceux qui sont restés. Nous avons eu même les ours qui patinaient et jouaient au hockey ... De plus nous avons eu la glace luminescente. Aujourd’hui, c’est peut-être rien mais dans les années 80 cela n'existait pas encore. Nous avons mis les bandes à la peinture luminescente, puis les avons étalées sur l’arène en faisant un dessin « à la russe » et l'avons couvert par la glace. Le dessin se révélait sous les lampes de quartz.

 

Une vie sur la glace. Partie II
Une vie sur la glace. Partie II

Un dessin à la russe, les ours patinant – c’est donc un bon produit pour l'exportation !

D'autant plus qu’à ce moment-là, un impresario cherchait quelque cirque russe pour une tournée en Allemagne. Le directeur de Sojusgostsirk [Союзгосцирк, un service étatique gérant les cirques en URSS.] l’aidait. Il a regardé notre programme, il a tombé en extase et nous avons pensé d’avoir empoché la tournée. Pourtant quelques jours plus tard nous avons reçu la dépêche : « Le Cirque sur glace est envoyé à la ville d’Omsk. » Je suis allé parler avec l’impressario. « Pourquoi vous ne venez pas nous voir ?» - « Mais le directeur de Sojusgostsirk m’a dit que votre cirque a été licencié. Je prends un autre en Allemagne ...» J’ai forcé la porte de ce directeur : « Pourquoi vous l’avez fait ? Je suis responsable devant le collectif qui m’a élu ! » Il m’a dit : « Bon, tu a été élu et le collectif choisi a un directeur nommé par nous. » Je lui ai dit qu'il était canaille qui ne resterait pas longtemps à sa place. Effectivement, on l’a congédié quelques mois plus tard mais notre cirque est allé à Omsk au lieu de l’Allemagne. Après ça le collectif ne pouvait plus travailler comme avant et puis ... Puis nous avons eu les années 90 et notre Cirque sur glace s’y est trouvé pour rien. Nos artistes ont perdu leur travail, certains sont devenus les ivrognes invétérés. Ils ne savaient accomplir d’autre travail qu’être artistes ! Moi, j'ai été balayeur, puis chef des gardiens d’une banque grâce à mes amis. Maintenant je maîtrise les armes à feu diverses.

 

Pourtant vous ne travaillez plus en tant que gardien ?

J’aide les enfants des écoles sportives à travailler les figures du patinage artistique : la rotation, les sauts etc. Les entraîneurs officiels des écoles ont les groupes de 25 élèves environs, ils ne peuvent pas accorder de l'attention à chacun. D’habitude ils s’occupent de 2 ou 3 enfants les plus « perspectifs » et les autres étudient comme ils veulent. Ainsi les élèves des écoles sportives trouvent les personnes comme moi.  

Valery avec une de ces élèves. Photo de Elena Gouliaeva.
Valery avec une de ces élèves. Photo de Elena Gouliaeva.
Valery avec une de ces élèves. Photo de Elena Gouliaeva.

Valery avec une de ces élèves. Photo de Elena Gouliaeva.

C’est à dire vous êtes entraîneur personnel ?

Je suis plutôt « entraîneur supplémentaire ». En Russie, les patineurs doivent appartenir à une société sportive sinon ils ne peuvent pas participer aux compétitions. C’est pour ça qu'on met l’enfant à une des écoles attachées aux sociétés sportives et pour l'efficace de l'apprentissage on lui trouve un entraîneur supplémentaire. Si l’élève gagne un concours, tous les lauriers sont à son entraîneur de l’école et nous – on ne nous jamais mentionne ... Mais c’est pas grave. Le problème est ce que maintenant on admis à l’école sportive tous les enfants sans regarder leurs état physique. Si les parents payent, on admis les enfants obèses ou souffrant des pieds plats. Les parents confondent le sport et le hobby tandis que le sport exige 6 heures d’entraînement chaque jour, il conduit à refuser beaucoup de choses, il s'approprie certains heures des disciplines scolaires. C’est pourquoi il faut décider d’avance si l’enfant sera dans le sport professionnel, s’il a des bonnes ressources pour ça. Si non, à quoi sert aller à l’école sportive !

Je rêve d’organiser une école sportive pour les non-professionnels. J'ai obtenu de la municipalité d'organiser une patinoire dans notre quartier mais qu’est-ce que la presse locale en écrivait ! Que j’ai profité de cet argent pour acheter deux cottages, que je me suis procuré d’une Rolls-Royce etc ... Dieu merci, tout s’est arrangé et les enfants viendront à patiner. Bien sûr, il vaut mieux faire une patinoire couverte qui travaille toute l'année mais il n’y a pas d’investisseurs. Que faire, ce projet n’est pas avantageux et on vit dans une époque où l’argent est le seul argument.

 

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Published by Plume de loin La Plume de loin
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commentaires

Americano 19/11/2015 17:51

J'aime bien cette idee de cirque sur glace. Ton reportage montre bien l'ambiance sovietique avec quelqu'un qui l'a vecue de l'interieur. Edifiant...

La publicité que vous voyez à côté n'a aucun rapport avec mes textes. Son apparition provient de la nouvelle politique d'over-blog.

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